1 juin 2017

Le Lit est dans l'océan

Et puis un jour, Karate.

Il y a des groupes très rares, de ceux qui portent en eux une certaine magie. Chez certains, cette magie se mérite et se révèle au bout d’un quasi parcours du combattant avec, à l’arrivée, la satisfaction de comprendre et d’apprécier quelque chose de supérieur, à la beauté complexe. Et puis il y a ceux, peut-être plus rares encore, dont la magie apparaît instantanément, comme une évidence, sans jamais faiblir, constante dans chaque note, à chaque écoute. On les découvre et ce qu’on entend apparaît tel que chez ceux qu’on aime et qu’on écoute depuis toujours. Ils font tout de suite partie de nous. Karate est de ceux-là. Il y a quelques semaines, j’ai écouté un disque d’eux presque par hasard. Beaucoup de disques tournaient chez moi et d’un coup, il n’y eu plus rien à faire, il n’y eu plus que Karate.
On pourrait dire d’eux que c’est un peu Pinback en plus lo-fi ou 31 Knots en moins mathématique, mais on aurait finalement rien dit. Sur leurs trois premiers disques, une certaine orfèvrerie pop vous fait de l’œil pendant que la complexité rythmique s’occupe de rendre chaque morceau assez dense pour être toujours passionnant. Le tout a souvent des tournures rappelant la sécheresse d’un Fugazi tout en étant capable de vous balader sur les terres du jazz le plus aventureux. On pense aux vieux Tortoise au détour d’une intro et on finit par comprendre que Karate est beaucoup plus que la somme de ces petites choses qui nous en rappellent d’autres.
Sur In Place of Real Insight et The Bed is in the Ocean, deux pics de leur discographie, chaque riff, break ou mélodie de chant semble parfaitement à sa juste place, tout semble couler de source et il n’y a jamais rien de trop, aucun remplissage. Les deux disques apparaissent alors comme touchés par la grâce, celle d’un rock indé à la modestie artisanale, ouvragée. De la magie. Puis, on réécoute, on s’habitue, on attend telle cassure, telle phrase chantée en début de morceau (« On Cutting », sublime), on prend ses aises et cette collection de morceaux devient un labyrinthe duquel on a appris à toujours savoir sortir mais dans lequel on aime à courir, jouer à se perdre. On se demande alors : comment c’était la vie sans Karate ?


On se met tous au Karaté, on est tous cannibales.