En 2013, sortait le troisième album de Sombres Forêts, La Mort du soleil. Un disque qu'il faut écouter seul, dans le noir, quand il ne reste plus rien d'autre à faire que regarder le soleil mourir. Impressions.
Tout à coup, il fait si froid quand naissent les premiers sons, il n'y a plus rien autour, que cette musique. "Des Épaves" remplit tout l’air ambiant avec ses quelques notes de guitares posées sur des nappes vaporeuses, elles finiront par prendre vie pour venir vous assaillir. Puis c'est au tour de ces "étrangleurs de soleils" de venir semer la désolation. Une lenteur sépulcrale au son du tonnerre ouvre le morceau, cette fois, il n'y a pas de retour possible.
Est-il vraiment nécessaire de tenter de décrire cette suite de sept longs morceaux, qui nous prend de force pour nous raconter cette histoire puissante de soleils qui s'éteignent aussi fatalement qu'inexorablement ? Existe-t-il simplement des mots assez plein de sens pour dire la fin de tout et son inédite et incroyable beauté ? Car c'est cela que Sombres Forêts parvient à nous décrire. Ecoutez "Brumes" dans l'obscurité qui précède le sommeil et vous verrez naître des images. De celles qui vivent au fond de nous sans qu'on n'en sache l'origine, comme si l'histoire des forces qui nous entourent était inscrite dans notre inconscient. Ne demandant qu'à être réveillée.
C'est à cela que parvient La Mort du soleil, comme sur "Au Flambeau" où de simples notes de piano et une rythmique décharnée suffisent à faire naître une atmosphère désolée mais toujours passionnante. Et il y a cette voix, lointaine, comme noyée, qui nous guide dans ces dédales sans fin, dans ce voyage vers là où il ne subsiste plus aucune lumière. Le plus surprenant, c'est qu'il n'est jamais difficile de se laisser happer pour s'enfoncer toujours plus loin dans l’abîme.
Le black metal de Sombres Forêts est aussi mélodique qu'il est triste et sombre. Mais surtout, il s'en dégage à chaque instant une beauté noire, profonde. Tout ici est plein d'un magnétisme aussi intense que mystérieux et la catharsis que représente l'écoute de l'album dans son intégralité est finalement salvatrice, par les charmes noirs qu'elle finit par distiller dans notre esprit.
"J'ai tout donné au soleil, tout, sauf mon ombre." Apollinaire.
Contemple ce qu'il reste après la fin et sois cannibale.
un blog pour partager ma passion pour les musiques actuelles. rock indé, punk, electro, metal, expérimental, hard-core, etc.
20 novembre 2014
13 novembre 2014
De Beaux lendemains
Salut
vieille carne, ça fait longtemps, c’est vrai qu’on n’a plus le
temps de prendre des nouvelles et qu’on est un peu happé par le
vide qui nous entoure et finira certainement par nous dévorer.
Charmant programme, n’est-il pas ? Il était donc grand temps de
revenir papoter musique et récemment la bonne nouvelle, c’était
le retour du chanteur d’AmandaWoodward avec un tout
nouveau groupe basé en Espagne : Rouille. On
tue ici est
un bout de vinyle oxydé qui s’écoute très fort.
Un
vieux chanteur bien de chez nous voyait la rouille « comme une
déchirure, une blessure qui ne guérira pas » (tralala), ici
la rouille c’est cette couche sale qui finit par s’agglomérer
sur les armes qu’on a depuis trop longtemps déposées. Chez
Rouille, il n’est jamais question d’un quelconque espoir ou d’une
envie d’aller de l’avant, d’essayer d’y croire, mais plutôt
de faire le froid constat qu’à force de tenter et de faire, il ne
reste que de l’usure et du cynisme.
Les
textes sont tous emplis d’une résignation glaciale qui dépeint
ceux qui n’ont pas réussi à aller au bout de leur idéalisme.
« On avait failli être bien, pas longtemps on en était pas
loin. » Ainsi, tous les combats menés semblent lointains et le
présent d’autant plus douloureux que le but a été parfois
palpable : « voler, s’envoler mais jamais décoller ».
Si aujourd’hui est bien sombre, le disque se termine par une
évocation du futur encore plus noire : « on aura une autre
gueule, on sera sales et seuls ».
La
musique est ici l’illustration tangible de cette désillusion,
Rouille pratique un screamo lent, comme dépossédé de tout entrain,
les émotions dont le genre est le vecteur sont ici réduites à leur
part la plus négative. Certains passages instrumentaux post-rock
assurent le même résultat fait de lenteur et d’obscurité,
apportant cette sensation que la musique de Rouille ne peut pas
décoller ou aller vers la lumière. De tous ces éléments naissent
l’impression que le tout est écrasé par un poids, comme la
rouille qui recouvre la pièce qui illustre la magnifique pochette du
LP.
On tue ici est un disque court, fruit d’une passion palpable pour la musique bien ouvragée. Comme si au moment où on avait perdu toute envie pour le reste, il restait ce besoin de faire cela de la plus belle façon qu’il soit, avec honnêteté et sans aucun autre but que de le faire. Un disque qu’on n’attendait pas et qui se révèle tout simplement nécessaire.
« Ivre de périr au feu, libre de mourir au fond, ivre de subir le jeu, libre de souffrir le peu, de ce qu’il nous reste au fond, bien pire que des enfants. » « Même au vent je mens », Rouille.
Laisse-toi lentement oxyder et sois cannibale !
2 octobre 2014
Des Types et une boite à rythmes
Quel est le comble pour un batteur qui tient un blog sur la musique ? De pondre un article sur des groupes qu'il adore et dans lesquels il n'y a pas la moindre trace d'une batterie, une vraie ? Ce n'est certainement pas si simple car tous les groupes qui seront cités ici possèdent un impact rythmique dévastateur. Mieux, la boite à rythmes y est toujours un élément indissociable de leurs sons, faisant presque d'elle un membre à part entière de chacun d'entre-eux. Et si l'esprit punk se cachait dans une simple machine ?
Tout commence en 1977 quand un groupe français sort de nul-part un 45T sous le doux nom de Panik. Ils s'appellent Métal Urbain, débarquent avec leurs guitares et leurs synthés et vont révolutionner le punk de France à venir avec une magnifique attitude de branleurs. La musique est froide, sans mélodie, le chant est criard et vindicatif. Les tables de la loi d'un autre punk, porté par des rythmiques mécaniques et des sons électroniques, se trouvent dans une poignée de 45T sortis entre 77 et 79 par ce groupe aujourd'hui culte. Cela malgré une reformation dans les années 2000 qui les verra sortir un album complètement dispensable, sans être véritablement mauvais.
Quatre ans plus tard débarque l'un des meilleurs groupes de punk français, Warum Joe. Injustement peu connu par la faute du succès écrasant de certains, Bérurier Noir en tête, les Warum n'en sont pas moins excellents. Beaucoup plus mélodique que ne l'était celle de Métal Urbain, la musique est ici au service de textes aussi originaux qu'étrangement marquants. Ils sortent également un disque dans les années 2000, après dix ans sans nouvelle discographique. Mais contrairement à l'essai de Métal Urbain, Au Milieu de ta forme est un disque excellent de bout en bout, rempli raz la gueule de tubes jouissifs aux textes intelligents et fun : "Mauser Fucker", "Copkiller", "Babel Web", "Les Feux de l'amour" ou "La Citée des chasseurs" mais la liste pourrait contenir tout l'album. Un must !
On ne peut pas parler de boite à rythmes sans évoquer les Ludwig Von 88. En une quinzaine d'années et presque autant d'albums, ils ont marqué le punk de France avec des textes parfois complètement débiles mais toujours poétiques et un humour aussi ravageur que politiquement incorrect. Et toujours cette boite à rythmes, immuable et simple, aussi importante dans l'identité du groupe que leurs pochettes d'albums faites de détournements et de collages. Une ribambelles de tubes ont marqué deux générations de punks telles que "New Orleans", "77" ou "Dans le jardin d'Allah".
Plus près de nous, comment ne pas parler de Violence Conjugale et de son unique album éponyme sorti chez BornBad en 2012. Une voix, un synthé et des textes glaciaux et romantiques parlant de guerre et d'amour dans la plus pure tradition Minimalwave. Un disque qui aurait pu sortir il y a 35 ans, un véritable voyage temporel au pays des musiques glacées.
On a déjà parlé ici des géniaux Austerity Program, dignes descendants des ancêtres Punk/Noise que sont Big Black, Rapeman et Scratch Acid. Les deux premiers occupent Steve Albini dans les 80's, avant qu'il ne devienne ingénieur du son sur la majorité des grands albums rock indé des deux décennies suivantes. Big Black annonce toute la scène noise rock à venir : guitares tour à tour stridentes ou lourdes et rythmiques tronquées. Scratch Acid est l'entité qui allait devenir Jesus Lizard, LE groupe noise des 90's. La boite à rythmes est ici aventureuse et versatile et s'accompagne du chant si reconnaissable de David Yow.
Chacun des groupes cités se définissent autant par leurs autres membres que par cette machine magique qu'est une boite à rythmes. Elle définit leurs sons autant que peut le faire le jeu d'un guitariste ou d'un bassiste et n'est jamais un simple beat interchangeable. Par son côté cheap et bien plus facilement transportable qu'une batterie, elle est porte aussi une dimension symbolique d'une certaine idée du Do It Yourself.
"La machine conduit l'homme à se spécialiser dans l'humain." Jean Fourastié
La machine, elle aussi, est cannibale.
Tout commence en 1977 quand un groupe français sort de nul-part un 45T sous le doux nom de Panik. Ils s'appellent Métal Urbain, débarquent avec leurs guitares et leurs synthés et vont révolutionner le punk de France à venir avec une magnifique attitude de branleurs. La musique est froide, sans mélodie, le chant est criard et vindicatif. Les tables de la loi d'un autre punk, porté par des rythmiques mécaniques et des sons électroniques, se trouvent dans une poignée de 45T sortis entre 77 et 79 par ce groupe aujourd'hui culte. Cela malgré une reformation dans les années 2000 qui les verra sortir un album complètement dispensable, sans être véritablement mauvais.
Quatre ans plus tard débarque l'un des meilleurs groupes de punk français, Warum Joe. Injustement peu connu par la faute du succès écrasant de certains, Bérurier Noir en tête, les Warum n'en sont pas moins excellents. Beaucoup plus mélodique que ne l'était celle de Métal Urbain, la musique est ici au service de textes aussi originaux qu'étrangement marquants. Ils sortent également un disque dans les années 2000, après dix ans sans nouvelle discographique. Mais contrairement à l'essai de Métal Urbain, Au Milieu de ta forme est un disque excellent de bout en bout, rempli raz la gueule de tubes jouissifs aux textes intelligents et fun : "Mauser Fucker", "Copkiller", "Babel Web", "Les Feux de l'amour" ou "La Citée des chasseurs" mais la liste pourrait contenir tout l'album. Un must !
On ne peut pas parler de boite à rythmes sans évoquer les Ludwig Von 88. En une quinzaine d'années et presque autant d'albums, ils ont marqué le punk de France avec des textes parfois complètement débiles mais toujours poétiques et un humour aussi ravageur que politiquement incorrect. Et toujours cette boite à rythmes, immuable et simple, aussi importante dans l'identité du groupe que leurs pochettes d'albums faites de détournements et de collages. Une ribambelles de tubes ont marqué deux générations de punks telles que "New Orleans", "77" ou "Dans le jardin d'Allah".
Plus près de nous, comment ne pas parler de Violence Conjugale et de son unique album éponyme sorti chez BornBad en 2012. Une voix, un synthé et des textes glaciaux et romantiques parlant de guerre et d'amour dans la plus pure tradition Minimalwave. Un disque qui aurait pu sortir il y a 35 ans, un véritable voyage temporel au pays des musiques glacées.
On a déjà parlé ici des géniaux Austerity Program, dignes descendants des ancêtres Punk/Noise que sont Big Black, Rapeman et Scratch Acid. Les deux premiers occupent Steve Albini dans les 80's, avant qu'il ne devienne ingénieur du son sur la majorité des grands albums rock indé des deux décennies suivantes. Big Black annonce toute la scène noise rock à venir : guitares tour à tour stridentes ou lourdes et rythmiques tronquées. Scratch Acid est l'entité qui allait devenir Jesus Lizard, LE groupe noise des 90's. La boite à rythmes est ici aventureuse et versatile et s'accompagne du chant si reconnaissable de David Yow.
Chacun des groupes cités se définissent autant par leurs autres membres que par cette machine magique qu'est une boite à rythmes. Elle définit leurs sons autant que peut le faire le jeu d'un guitariste ou d'un bassiste et n'est jamais un simple beat interchangeable. Par son côté cheap et bien plus facilement transportable qu'une batterie, elle est porte aussi une dimension symbolique d'une certaine idée du Do It Yourself.
"La machine conduit l'homme à se spécialiser dans l'humain." Jean Fourastié
La machine, elle aussi, est cannibale.
19 septembre 2014
Without Warning
Il y a une petite quinzaine de jours, je me suis enfin décidé à chercher sous le matelas quelques petits billets de couleurs pour m'acheter le coffret réunissant les trois premiers albums des Wipers. Un truc qui d'apparence ne paye pas de mine, moche boite de plastoc, mais qui rassemble l'intégralité des morceaux de Is This Real?, Youth Of America et Over The Edge, ainsi que pas mal de démos et des titres sortis sur des EP. Depuis je me sent comblé de musique comme un jour fantasmé d'anniversaire, pour longtemps.
Quand en 79 sort Is This Real?, les Wipers sont déjà différents de ce qui se fait partout sur le vaste territoire des Etats-Unis. Plus mélodique ou beaucoup plus lent comme sur les incroyables "D-7" et "Potential Suicide", le groupe arrive avec une petite dizaine d'années d'avance sur le gros de la vague indé. Autant dire qu'à l'époque ça devait faire tout drôle tant à l'écoute aujourd'hui on pense à Nirvana, à la dernière période de Hüsker Dü, à Sonic Youth sur le passage noise de "Youth Of America" (un morceau punk de 10 minutes en 81, faut oser) ou plus généralement à toute la scène post-hardcore made in Dischord qui ne naît qu'au milieu des 80's.
Et si les Wipers sont précurseurs, finalement on s'en fout un peu, parce que l'autre observation qu'on se fait à la découverte de ces trois albums, c'est qu'ils sont véritablement excellents. Le premier reste le plus efficace et direct avec des tubes punks comme "Mistery" ou "Window Shop For Love". Il est rempli de mélodies instantanées sans être trop faciles et déborde d'une énergie redoutable, tout à fond. Il est pour moi l'exemple de l'album punk parfait : honnête, frontale et sans concession. Et pourtant déjà ces quelques titres lents, glaciaux...
Youth Of America souffre certainement de la présence de son morceau-titre qui rend le reste de l'album un peu anecdotique, véritable brûlot de dix minutes, hurlé, viscéral et totalement autre pour l'époque. Enfin il y a tout de même "No Fair" qui démarre froid, lancinant, figé et pourtant terriblement magnétique avant de décoller en une sorte d'hymne sombre.
Puis c'est la claque Over The Edge. L'album démarre direct par "Over The Edge" et ça fonctionne d'entrée, c'est immédiat. La voix est devenu pour éraillée, on se croirait presque chez Fugazi, bien avant l'heure. Il y a ici un côté émotionnel que tous les fans de post-hardcore ne peuvent qu'apprécier. Les morceaux incroyables s'enchaînent les uns après les autres : "Doom Town" est presque motorique, on pense aux Thugs et on est encore surpris. "No One Wants An Alien" te prend par la main pour te présenter un sale constat. Il faut parler de ces textes, premier degré mais aussi parlant que sombres, non plus désespérés mais déjà résignés. Et puis, il y a "The Lonely One" dont la voix sur le refrain évoquera bien des souvenirs à ceux qui ont grandi en écoutant Nirvana. Un morceau de grunge bien avant la lettre mais surtout d'une intensité émotionnelle allant crescendo, un véritable chef-d'oeuvre sur un album qui l'est tout autant.
Et ce ne sont que les trois premiers albums...
"It's not the truth I see. It's just a mockery. Don't need to waste my time. You know I've really tried. You take and never give. It get's so hard to live. I'm hangin on a ledge. Pushed straight over the edge." "Over The Edge".
"Certains sentent la pluie en avance, d'autres se contentent d'être mouillés." Henry Miller
Cours t'abriter, sois cannibale !
Quand en 79 sort Is This Real?, les Wipers sont déjà différents de ce qui se fait partout sur le vaste territoire des Etats-Unis. Plus mélodique ou beaucoup plus lent comme sur les incroyables "D-7" et "Potential Suicide", le groupe arrive avec une petite dizaine d'années d'avance sur le gros de la vague indé. Autant dire qu'à l'époque ça devait faire tout drôle tant à l'écoute aujourd'hui on pense à Nirvana, à la dernière période de Hüsker Dü, à Sonic Youth sur le passage noise de "Youth Of America" (un morceau punk de 10 minutes en 81, faut oser) ou plus généralement à toute la scène post-hardcore made in Dischord qui ne naît qu'au milieu des 80's.
Et si les Wipers sont précurseurs, finalement on s'en fout un peu, parce que l'autre observation qu'on se fait à la découverte de ces trois albums, c'est qu'ils sont véritablement excellents. Le premier reste le plus efficace et direct avec des tubes punks comme "Mistery" ou "Window Shop For Love". Il est rempli de mélodies instantanées sans être trop faciles et déborde d'une énergie redoutable, tout à fond. Il est pour moi l'exemple de l'album punk parfait : honnête, frontale et sans concession. Et pourtant déjà ces quelques titres lents, glaciaux...
Youth Of America souffre certainement de la présence de son morceau-titre qui rend le reste de l'album un peu anecdotique, véritable brûlot de dix minutes, hurlé, viscéral et totalement autre pour l'époque. Enfin il y a tout de même "No Fair" qui démarre froid, lancinant, figé et pourtant terriblement magnétique avant de décoller en une sorte d'hymne sombre.
Puis c'est la claque Over The Edge. L'album démarre direct par "Over The Edge" et ça fonctionne d'entrée, c'est immédiat. La voix est devenu pour éraillée, on se croirait presque chez Fugazi, bien avant l'heure. Il y a ici un côté émotionnel que tous les fans de post-hardcore ne peuvent qu'apprécier. Les morceaux incroyables s'enchaînent les uns après les autres : "Doom Town" est presque motorique, on pense aux Thugs et on est encore surpris. "No One Wants An Alien" te prend par la main pour te présenter un sale constat. Il faut parler de ces textes, premier degré mais aussi parlant que sombres, non plus désespérés mais déjà résignés. Et puis, il y a "The Lonely One" dont la voix sur le refrain évoquera bien des souvenirs à ceux qui ont grandi en écoutant Nirvana. Un morceau de grunge bien avant la lettre mais surtout d'une intensité émotionnelle allant crescendo, un véritable chef-d'oeuvre sur un album qui l'est tout autant.
Et ce ne sont que les trois premiers albums...
"It's not the truth I see. It's just a mockery. Don't need to waste my time. You know I've really tried. You take and never give. It get's so hard to live. I'm hangin on a ledge. Pushed straight over the edge." "Over The Edge".
"Certains sentent la pluie en avance, d'autres se contentent d'être mouillés." Henry Miller
Cours t'abriter, sois cannibale !
13 septembre 2014
Final Cut
Il arrive parfois
qu'on tombe sur un groupe dont on n'a jamais entendu parlé, qu'on
écoute son dernier LP d'une oreille distraite et qu'on se retrouve
avec son nouveau groupe fétiche. Tout simplement.
The Austerity
Program c'est facile, c'est deux types et une boite à rythmes et
Beyond Calculation est une suite de huit morceaux plus ou
moins longs. On sent tout de suite que quelque-chose de pas très
habituel se passe quand on écoute pour la première fois. Puis
suivent deux cents autres sans qu'on comprenne vraiment pourquoi. Car
The Austerity Program est insidieux et malin, il garde son morceau le
plus accessible et le plus mélodique pour le placer en fin d'album,
s'arrange pour en faire une claque ultra addictive, te forçant par
là à remettre le disque au début, encore et encore.
Pire. L'écoute
répétée rend l'impact de ces quelques titres de plus en plus
frontal. Cette rythmique simple et répétitive qui joue avec la
mesure, doublée par une guitare appuyant la frappe, te découpe la
tête patiemment en 38 petites minutes à l'aide d'un rasoir rouillé
et taché de graisse. Tout cela te laisse pantelant, simple corps
idiot cherchant à retrouver sa petite tête et ses esprits, dans le
but assez incompréhensible d'avoir l'intelligence nécessaire pour
rappuyer sur lecture. Et de te refaire couper en deux, comme ça pour
le plaisir, ad vitam æternam.
Un disque court,
coupant et sale, du noise-rock qui réussit à ne pas sonner comme
mille autres groupes par la magie jouissive d'une boite à rythmes,
une recette si simple qu'on reste surpris qu'elle fonctionne aussi
bien. Il n'en fallait finalement pas plus pour tenir une nouvelle
marotte qui fait du bruit en cassant de l'os.
"Tout est bruit pour qui a peur". Sophocle
Pose ton cartable, mets un disque et sois cannibale.
11 juillet 2014
Before Midnight
Depuis le temps que j'espérai pouvoir
voir Bâton Rouge sur scène, qui plus est accompagné pour
l'occasion de Torino, l'autre groupe du bassiste Gwen : le
rendez-vous de ce vendredi 4 juillet semblait immanquable. Et
pourtant...
Le concert qui devait se dérouler à
la Mécanique Ondulatoire dans le 11e me donnait une bonne occasion
d'aller traîner autour de Bastille avec quelques amis. Finalement,
un fâcheux dégât des eaux a forcé les organisateurs à trouver un
autre lieu, un bar juste derrière le périph' à Bagnolet. Le temps
de boire quelques verres rue de la roquette et de prendre le métro,
nous arrivons dans un petit endroit. Il fait chaud très chaud, il
n'y a pas beaucoup de monde mais qu'importe, ceux qui sont là le
sont pour une bonne raison.
23h. Le temps de s'assurer que nous
n'arrivons pas trop tard et de commander une bière, Bâton Rouge
commence à s'installer. Je suis un peu déçu d'avoir louper Torino
dont le premier EP n'en finit pas de tourner sur ma platine. Les
premier accords résonnent et déjà la chaleur et l'alcool ne sont
plus qu'un mauvais souvenir. Le set mélange avec équité les
morceaux de Fragments d'eux-mêmes et de Totem, le
petit dernier. L'ambiance est chaleureuse, le groupe humble et dans
la petite foule qui l'entoure, on surprend quelques visages souriants
ou en train de scander des bribes de paroles. Le temps court après
lui-même, il est déjà l'heure de la fin. À
la demande de quelques voix, le groupe joue un dernier morceau. Ce
sera « Sur un banc » dont le refrain est repris en chœur
par tous. Une dernière bière, quelques paroles échangées avant de
repartir, un vinyle sous le bras.
3 juillet 2014
Choses Secrètes
Parfois, on s'en tamponne de l'actualité musicale et cela même, comme en ce moment, quand elle est riche et pleine d'énormes claques. C'est simplement parce que quelque-part dans sa mémoire, on a retrouvé l'idée d'écouter un assez vieux disque de Nick Cave. Il s'agit de No More Shall We Part et, grand problème, remettre le nez dans ce disque, comme ça innocemment, peut vite finir par devenir un but en soi, presque un projet de vie. "Tu fais quoi pour les vacances ? -J'écoute Nick Cave." Impressions.
Ça commence tout de suite par "As I Sat Sadly By Her Side" et on entrevoit dès ce morceau qu'il va être difficile de sortit de cet album. D'abord il y a cette mélodie, toute simple mais terriblement prenante, et la voix du grand Nick qui vient nous prendre sous son aile démesurée pour nous raconter une histoire. Ou plutôt vient-il pour nous montrer une scène, un dialogue entre deux amants. Les paroles sont sombres et mélancoliques à souhaits : "God don't care for your benevolence/Anymore than he cares for the lack of it in others". Une entrée dans l'album comme un début de film, le noir dans la salle vient de se faire, l'ambiance commence à se distiller. On est dedans.
"Hallelujah", et ses presque huit minutes, l'ambiance est déjà installée, on peut rentrer dans le vif du sujet. Après une introduction avec une lente mélodie au violon, la voix arrive et nous emporte très loin, tout au fond de nous-mêmes, là où il peut faire très froid ou très chaud selon l'humeur. C'est surtout là que se trouve notre âme et c'est à elle qu'on s'adresse ici. Depuis que j'écoute cette chanson, je me surprends souvent le soir, une cigarette à la bouche, à scruter la nuit. Si j'y trouve quelque-chose est une autre histoire... Enfin, il y a cette fin, ces chœurs féminins qui viennent parachever la violente mélancolie qui nous prend à la gorge. Forcément, on laisse le disque tourner, on n'a plus rien à faire d'autre aujourd'hui, si ?
Plus loin, "Fifteen Feet Of Pure White Snow" continue dans le storytelling sombre. Tout le monde est partis, les filles n'ont pas mis leurs mitaines, y a pas mal de neiges dehors et Nick s'inquiète. Le titre revient tout au long de la chanson, il tient lieu de refrain et donne lieu à des envolées presque lyriques, tous chœurs dehors et d'une beauté grisante. Ici encore, la capacité du monsieur (et des Bad Seeds) à nous plonger dans une histoire, à créer une tension et à nous donner à voir des images fortes, est saisissante.
"God Is In The House" est un cas à part. La musique voudrait nous faire croire que, oui, dieu est partout autour de nous et que tout le monde est heureux. Mais le texte ironiquement, dit tout le contraire. "Queer bashers with tyre-jacks/Lesbian counter-attacks/That stuff is for the big cities". Nick se moque du tout beau, tout bien rangé et pour le dernier couplet, sa voix se fait gutturale et menaçante. Une merveille de cynisme.
"Oh My Lord" est un autre point culminant du disque. L' histoire noire et dure comme une pierre tombale d'un homme qui subit une sorte de malédiction. Côté musique, le morceau monte doucement et est tendu comme les cordes du destin (ouais, ouais), il culmine chaque fois que Cave implore "Oh Lord, oh my lord" avant d'exploser sur les deux dernières minutes : une montagne d'émotions. On ne peut pas se défaire de ce morceau et de son histoire empreinte de gothique et d'un certain romantisme noir.
Juste avant la fin de ce merveilleux disque, il y a "Gates To The Garden", une chanson si triste et belle qu'elle nous oblige, par son magnétisme, à remettre le disque à son commencement, encore et encore. Il n'y a pas d'échappatoire possible et, quand on sait qu'ils sont nombreux les albums du grand brun a avoir cet effet, on se dit que l'hiver arrivera bien vite. Mais attends ? Il fait beau dehors... Oui, j'irai peut-être demain. Le beau temps attendra, lui aussi encore et encore.
"when you think you're climbing up, man / In fact you're climbing down"
Va courir par les rues chaudes et lumineuses ou sois cannibale.
Ça commence tout de suite par "As I Sat Sadly By Her Side" et on entrevoit dès ce morceau qu'il va être difficile de sortit de cet album. D'abord il y a cette mélodie, toute simple mais terriblement prenante, et la voix du grand Nick qui vient nous prendre sous son aile démesurée pour nous raconter une histoire. Ou plutôt vient-il pour nous montrer une scène, un dialogue entre deux amants. Les paroles sont sombres et mélancoliques à souhaits : "God don't care for your benevolence/Anymore than he cares for the lack of it in others". Une entrée dans l'album comme un début de film, le noir dans la salle vient de se faire, l'ambiance commence à se distiller. On est dedans.
"Hallelujah", et ses presque huit minutes, l'ambiance est déjà installée, on peut rentrer dans le vif du sujet. Après une introduction avec une lente mélodie au violon, la voix arrive et nous emporte très loin, tout au fond de nous-mêmes, là où il peut faire très froid ou très chaud selon l'humeur. C'est surtout là que se trouve notre âme et c'est à elle qu'on s'adresse ici. Depuis que j'écoute cette chanson, je me surprends souvent le soir, une cigarette à la bouche, à scruter la nuit. Si j'y trouve quelque-chose est une autre histoire... Enfin, il y a cette fin, ces chœurs féminins qui viennent parachever la violente mélancolie qui nous prend à la gorge. Forcément, on laisse le disque tourner, on n'a plus rien à faire d'autre aujourd'hui, si ?
Plus loin, "Fifteen Feet Of Pure White Snow" continue dans le storytelling sombre. Tout le monde est partis, les filles n'ont pas mis leurs mitaines, y a pas mal de neiges dehors et Nick s'inquiète. Le titre revient tout au long de la chanson, il tient lieu de refrain et donne lieu à des envolées presque lyriques, tous chœurs dehors et d'une beauté grisante. Ici encore, la capacité du monsieur (et des Bad Seeds) à nous plonger dans une histoire, à créer une tension et à nous donner à voir des images fortes, est saisissante.
"God Is In The House" est un cas à part. La musique voudrait nous faire croire que, oui, dieu est partout autour de nous et que tout le monde est heureux. Mais le texte ironiquement, dit tout le contraire. "Queer bashers with tyre-jacks/Lesbian counter-attacks/That stuff is for the big cities". Nick se moque du tout beau, tout bien rangé et pour le dernier couplet, sa voix se fait gutturale et menaçante. Une merveille de cynisme.
"Oh My Lord" est un autre point culminant du disque. L' histoire noire et dure comme une pierre tombale d'un homme qui subit une sorte de malédiction. Côté musique, le morceau monte doucement et est tendu comme les cordes du destin (ouais, ouais), il culmine chaque fois que Cave implore "Oh Lord, oh my lord" avant d'exploser sur les deux dernières minutes : une montagne d'émotions. On ne peut pas se défaire de ce morceau et de son histoire empreinte de gothique et d'un certain romantisme noir.
Juste avant la fin de ce merveilleux disque, il y a "Gates To The Garden", une chanson si triste et belle qu'elle nous oblige, par son magnétisme, à remettre le disque à son commencement, encore et encore. Il n'y a pas d'échappatoire possible et, quand on sait qu'ils sont nombreux les albums du grand brun a avoir cet effet, on se dit que l'hiver arrivera bien vite. Mais attends ? Il fait beau dehors... Oui, j'irai peut-être demain. Le beau temps attendra, lui aussi encore et encore.
"when you think you're climbing up, man / In fact you're climbing down"
Va courir par les rues chaudes et lumineuses ou sois cannibale.
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