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8 décembre 2013

Me, Myself and I

En 2012, le label Strut sortait une double compil intitulée Metal Dance et offrant un panorama de l'Indus, de la New-wave et du Post-punk des années 80. Cette années rebelote avec le volume 2 : au programme, beats figés, danses robotiques et mélodies glaciales.

"Eh, t'as écouté la nouvelle compil de Trevor Jackson ? Le truc sur les années 80 ?
-Ouais, c'est pas trop mon kiff à la base moi tout ce qui est Indus, EBM et tout ça... Je voulais quand même mourir moins con alors je l'ai acheté. J'te rappelle qu'on était ensemble !
-Ah ouais, c'est vrai... Moi c'est pareil, j'étais curieux d'avoir une porte d'entrée dans cet univers assez vaste, je ne savais pas trop comment faire tout seul. Pour ça, cette compil est géniale."

Entre une troisième personne...

"Salut les mecs, ça va ?
-Bah ouais, comme toi en fait... On parlait de la compile Metal Dance, la deuxième.
-Ah ouais, putain, j'adore. Le fait qu'il y est tant de trucs vraiment très différents et que ça soit si cohérent, c'est génial. J'ai découvert plein de groupes sur ces deux disques.J'aime beaucoup le premier disque, chaque titre est excellent sauf, et là franchement je ne comprends pas pourquoi avoir mis ça, "être assis ou danser" de Liaisons Dangereuses. La voix est vraiment horrible, on dirait un mauvais trip à la Kétamine à l'arrière d'une boite de nuit de province, je n'arrive pas à comprendre ce choix.
-C'est vrai, moi non plus. Alors que y a le titre de Logic System avec une voix française, ce titre est magique, j'aime beaucoup l'intro avec ce son saturé qui monte avec des bidouillages derrière jusqu'à ce que le clavier et la rythmique arrive.
-Ouais, et ce texte ultra glauque à moitié déclamé... Y a une atmosphère super bien rendu sur morceau, on dirait un récit de voyage intérieur, une sorte de trip super froid, c'est un de mes titres préférés. J'aime bien celui de Tuxedomoon aussi.
-Ah ouais, le premier, avec la grosse basse...
-Ouais, faut être dans l'ambiance, quoi.
-Moi j'aime bien Esplendor Geométrico, le beat avec les sons hyper stridents et les cris de possédés chelous qui donnent l'impression de s'entrechoquer avec la rythmique.
-Ouais, t'es bizarre toi.
-Bah c'est franchement le genre de musique que j'écouterai de moi-même, c'est en ça que cette compile est cool, elle ouvre une porte vers des univers, des trucs que je n'aurai jamais écouté sinon. 
-Y a le titre de Psyche aussi, avec la mélodie super simple et donc carrément entêtante. J'crois que c'est le seul titre des deux disques que j'écoute en boucle... Et cette voix, super grave... Avec ce titre je suis en terrain connu, un mélange Post-punk/New-wave, sombre et mélodique. Putain, mais c'est un tube en fait !
-Pfff, alors toi, t'as toujours aimé les trucs putassier.
-Bon bah ce premier disque est impressionnant, douze titres, une seule faute de goût.
-Non, mais moi le titre de Liaisons dangereuses, je le trouve rigolo... "Il ne peut pas s'arrêter de danser-é-é-é-é !
-J'te dis, t'es bizarre..."

 "Ah, sur le deuxième disque, mon ego est flatté, je connais quatre groupes... Ministry, j'en ai fréquenté mais des plus Metal, j'aime beaucoup ce titre : Bruyant, mélodique, pêchu...
-Ouais, enfin cette voix de mec qui donne l'impression de courir après la rythmique, moi je ne suis pas fan.
-Quoi ? Mais sur le refrain, ça fait des merveilles !!! T'es vraiment trop con, c'est vrai en fait, dès que c'est pas putassier, que la mélodie est un peu distordu, ça te plait plus.
-Moi, j'suis bloqué sur Chris & Cosey,  c'est obsédant, hypnotique et assez flippant. Un des titres les plus froids de la compil.
-Ouais, ça tourne en boucle un peu...
-Bah c'est le but aussi !
-Le morceau de Test Dept, j'sais pas pourquoi, j'y reviens souvent, il me donne envie de soulever des barres d'acier dans le desert de Gobi, entouré de serpents. Les serpents c'est sûrement à cause des sons qui fourmillent de partout, qui te sautent dessus puis s'en vont avant que d'autres te prennent par surprise.
-Y a pas chant, moi ça me gave !
-Ah oui toi, il te faut des chansons. CHBB, ça te parle plus ?
-Ah non, pour moi c'est l'équivalent du truc de Liaisons Dangereuses, j'ai vraiment du mal.
-Ahahah, j'adore, on dirai que le type dit "Il m'a niqué ma joie" en boucle.
-Pfff, non mais franchement, moi j'suis pas là pour me marrer, j'veux du brutal. Front 242, là on est dans le sujet, c'est glauque, on se prend des stalactites dans la tronche, c'est la nuit et on est perdu dans un labyrinthe de taules.
-J'suis carrément d'accord, c'est le morceau qui calme.
-Mouais, y a pas de chant...
-Haruomi Hosono, pour le côté bien chelou, les échos sur les voix, les boucles... C'est à la fois répétitif et progressif, ça se développe sans que tu t'en aperçoives. Le titre parfait pour faire ses comptes en enchainant les clopes.
-T'es bizarre, j'aime pas trop les gens bizarres.
-Godley and Creme, parce que le refrain qui dit "je veux faire des bébés avec toi toute la nuit" sur une musique de post-guerre atomique, je trouve ça super romantique. Ils avaient vraiment des soucis dans les 80's, je ne sais pas pourquoi ? Thatcher ? Le Sida ? Casimir ?
-J'l'aime bien aussi celle là, elle m'aide à m'endormir le soir, et quand à la fin du titre la voix se ralentir, je suis persuadé que c'est que je sombre. Alors je sombre.
-Ouais, trouve toi une nana, pour lui faire des bébés toute la nuit...
-The Mile High Club... Incroyable, y a qu'à cette époque qu'on arrivait à faire des titres à la fois guerriers, dansants et mélancoliques. Le mélange de voix féminines avec celle vocodée d'un mec, fait des merveilles.
-C'est vrai que je m'imagine assez me faire péter le nez, quitter par une fille, pleurer, danser et taper dans les mains sur les 6 minutes 30 de ce titre. C'est fou, on n'en fait plus des comme ça.
-Le reste du disque, bofbof... Doris Norton, on dirait le générique d'un JT crée par un mec qui aurait eu une mauvaise interprétation du cahier des charges à cause de son addiction au Prozac.
-Ouais, le début en mode "Flash spécial de notre rédaction". Vice Versa est génial, c'est court, c'est bon.
-Toi t'es fan de SF. Plus Instrument, ça me rappelle une prof d'allemand, sauf que sur cette chanson elle ferait un strip-tease et c'est horriblement sale.
-Ahah, et on a le pendant masculin avec Conrad Schnitzler.
-Complètement... Neon, on est en territoire connu, Post-punk des steppes arides. Tu veux bien augmenter le chauffage ?
-Ah bah, il reste que Arthur Brown & Craig Leon, et on aura parlé de tout le disque... J'aime assez celui-ci, grosse basse, j'aime bien le chant, ça me fait vaguement penser à Talking Heads.
-Mouais... Le deuxième disque est moins bien, beaucoup de déchets... Ou alors c'est des trucs d'esthètes et on est trop cons pour y comprendre quelque-chose.
-On a moins parlé du premier disque, il est vachement mieux !
-Boarf, il suffit de l'écouter..."


"L'histoire de l'industrie est le livre ouvert des facultés humaines." Karl Marx. (Putain, imagine Karl Marx danser sur Liaisons Dangereuses...)


Fait des bébés toute la nuit et sois cannibale.

19 juin 2013

L'Odyssée de la poisse

Nous sommes en 1996, ta sœur est fan de Big'n, un groupe du fond de l'Illinois. Elle sort avec un gros barbu, il boit beaucoup mais il est gentil quand-même. Leur romance est belle comme une telecaster dont les cordes sont bouffées par la rouille, ensemble ils écoutent en boucle Discipline Through Sound.

Il gagne sa vie en vendant des T-shirts qu'il sérigraphie lui-même, elle bosse avec les enfants. Le Weekend, ils montent à la ville la plus proche pour voir jouer Jesus Lizard, Portobello Bones ou Ulan Bator dans des lieux autogérés. Ils n'ont pas forcément de grandes aspirations ou de magnifiques rêves utopiques qu'ils souhaiteraient voir se réaliser. La vie n'a pas besoin qu'on la rêve, elle est là, partout autour d'eux.

Fin du rêve. Nous sommes en 1996, ta sœur est fan de The Offspring. Son mec est un gros beauf avec les cheveux décolorés, ils mangent au mcdo chaque samedi soir puis regardent la télé. Ou peut-être est-ce la télé qui les regarde ? Quelle différence ? Ils n'ont pas d'autres rêves que de devenir différents de leurs parents, ils seront pires. Ils sont la première génération à avoir accès à tout, à pouvoir se réaliser comme jamais auparavant. Ils ne feront rien à part ce que fait tout le monde. Ils écouteront la même musique, verront les mêmes films, auront les mêmes idées sur les mêmes sujets.

C'est cela Big'n. Cela n'a pas de sens, n'est pas carré, ne tourne pas rond. Beaucoup pensent que c'est du bruit, c'est en fait un miroir qui, en transformant la réalité en musique, la rend excitante. Pas plus vivable mais tellement outrageante, violente et chaotique qu'elle est comme ces films où tout peut arriver car rien n'est vrai. Big'n est comme les autres : du chant, des guitares et une batterie mais passé cela, il ne ressemble qu'à lui-même. Il n'est pas là pour l'argent, il est là pour cogner dur.

Big'n s'écoute fort pour mieux pouvoir avaler les cerveaux des inconscients qui croisent son chemin. Il n'a rien à t'apprendre, il n'expose pas de moral à la fin de son histoire ou alors simplement t'inculque qu'il n'y en a jamais eu. Qu'il n'y en aura jamais. Il ose même reprendre ACDC, c'est dire.

 "La réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes." Emile Ajar.

Reprends une dose, sois cannibale !

7 février 2013

La Planète des singes

Hier je discutais avec mon singe savant. On avait un échange très riche sur la mécanique des fluides appliquée à l'art divinatoire, quand tout à coup, il me demanda ce que je pensais de Doolittle des Pixies."Y a un singe sur la pochette" me dit-il, très fier.

"- Tu sais quand ce disque est sorti, en 1989, même mon voisin, qui je te le rappelle était un gorille ne jurant que par "Don't cry" des Guns, sentait bien qu'il se passait un truc de fou avec lui. J'ai presque commencé à être intelligent au moment exacte où je l'ai écouté pour la première fois.

-Ouais, je l'aime bien aussi, mais moi en 89 j'avais quatre ans alors bon. Je l'associe à une pulsion nostalgique pour une époque que je n'ai pas connu très vieux. C'est d'ailleurs bête car, à ce moment là, y avait que mes doudous qui comptaient pour moi et je souriais quand je pétais, du coup pas vraiment besoin de faire un transfert de nostalgie.

-Tu souris toujours quand tu pète. Moi, j'ai souvent une érection quand j'entends "Monkey gone to heaven". Tu vois ce morceau me parle, ça m'évoque ma mère, quand je me tripotais le baobab le soir en pensant à elle. C'est un truc super chié. C'est fait avec trois bouts de ficelles et pourtant ça défonce tout.

-Chié ? Tu as toujours été vulgaire comme ça ou ce n'est que depuis que tu badigeonne tes cacahuètes avec de la coke ? Ne nie pas Philanthrope (oui mon singe s'appelle Philanthrope, y en a que ça dérange ?), je t'ai surpris en train de le faire. Pour un singe savant, ça fait pas très classe la vulgarité et la cocaïne.

-Je te répondrais seulement que c'est toi qui m'a appris à parler. Ensuite, c'est certainement parce que je suis savant que je prend de la coke. Ça me rend névrosé tu comprend de tout savoir, d'être hyper intelligent et d'adorer le cinéma des pays de l'est et la musique concrète. Pour en revenir à ce que je te disais. Ce LP, putain, chaque titre est parfait, ils ont tous un truc qui fait mouche à tous les coups. Ils sont tous uniques, jamais de répétition, de la nuance, des plans reggae, blues, country. Après la production est un peu daté, ça manque de profondeur, mais ça c'est pas grave. Ça sonne garage grâce à ça.

-Garage, les Pixies ? T'es pas un singe, t'es une bigote sourde, qui pense que Metallica c'est un groupe sataniste.

-Il faut que tu réécoute "Here comes your man". Dès le début du morceau, quand le riff arrive, tu te dis putain ces mecs sont des génies. Ils arrivent à faire ça avec ce riff de surf au ralenti. Puis ce refrain, avec la voix féminine derrière, c'est si évident et pourtant faut savoir ce qu'on fait pour sortir ce genre de choses. Je crois vraiment que les Pixies ont étaient bénis des dieux.

-C'est à cause du singe sur la pochette que tu dis ça.

-Je pense à un truc. Il y a quinze titres sur ce disque. Il n'y a que les deux derniers que je trouve un peu en-dessous, un peu chiant, mais c'est en comparaison des précédents. Ça veut dire qu'ils enchainent treize morceaux parfaits juste avant. Voilà, je ne vois pas ce que je pourrais dire d'autre pour te convaincre.

-Mais attention, je suis déjà convaincu depuis longtemps. Les Pixies, à ce moment là, ils étaient supers bons, ce disque est un classique et ce n'est bien sûr pas pour rien."

Philanthrope a le vice de l'anthropophagie, pour l'aider à ce soigner, rendez-vous ici.

15 novembre 2012

Ghosts of Mars

Lors de mon tout premier voyage sur Mars, j'ai eu la chance de rencontrer des gens vraiment formidables, uniques et originaux et pas toujours sains, mais formidables ça oui on peut le dire. J'y ai surtout découvert un groupe génial, hors normes : Fuck Buttons.

Souvenir : "Ah je suis bien là, au chaud allongé sur un transat avec vous Krunger. Votre planète est vraiment un lieu très dépaysant. Et cette lumière rouge que vous avez ici, c'est magnifique. J'y pense, je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité, mais je me ferai bien faire une gâterie par une de vos amazones de 8 mètres de haut. Elles ont l'air vraiment charmantes... Et votre ami, j'ai oublié son nom, il m'a expliqué qu'elles faisaient des choses, enfin vous voyez ce que je veux dire.

C'est quand même accueillant chez vous! Bon on dira ce qu'on voudra, c'est vrai que les types bizarres là-bas derrière la colline, ils sont un peu bizarres. Cette manie de tuer les gens, de les décapiter et de planter leurs têtes sur des pics... Enfin! Qui suis-je pour juger les autochtones, hein ? Et puis, ces cocktails que vous me servez, je ne préfère pas savoir ce qu'il y a dedans, mais ils sont tellement rafraîchissants! Par cette chaleur, c'est pas du luxe!

Et la musique là c'est quoi ? Fuck Buttons ? Ah, je reconnais bien là la verve littéraire martienne, votre langue si évocatrice! D'ailleurs les amazones ? Oui, oui on verra plus tard. Oui, cette musique, une sorte de mélange savant entre les percus tribales de l'album roots de Sepultura et des instrumentaux d'Amon Tobin mais le tout joué au ralenti et à l'envers. Ça on peut dire que vous avez de l'imagination à revendre ici. En même temps vous devez pas mal vous emmerdez parfois, au milieu de toute cette terre ocre. Comment ? Ah oui avec toutes les drogues que vous prenez, vous ne voyez pas le temps passer. J'imagine bien oui...

Et alors ce groupe, ils viennent d'ici ? C'est un groupe local d'accord ? Ah J'imagine que leurs concerts au fond du cratère doivent être époustouflants, je vous crois sur parole. Des sacrifices ? Oh la la, non ça ce n'est pas trop mon truc mon petit Krunger... Mais par contre les amazones... Enfin votre femme m'a raconté que le dernier terrien qui est passé par chez vous est mort étouffé dans son lit, une amazone à côté de lui. Oui je comprends que ça vous perturbe, que ça entache votre réputation d'hôte exemplaire. Je me mets à votre place. Mais du coup non, ça ne m'inquiète pas plus que ça, je crois même que ça a un côté assez excitant. Pardon ? Je suis en train de devenir un vrai martien ? Je prends ça pour un compliment, merci.

Alors vous dites qu'ici, vous écoutez ce genre de musique pour calmer vos insomnie ? Avec les drogues que vous prenez, les insomnies ça ne m'étonne qu'à moitié. Surtout avec cette substance étrange que vous mâchez à longueur de journée et qui vous fait briller dans le noir, forcément. Mais les espèces de cris de fantômes qu'on entend dans cette musique, ça ne vous dérange pas ? Ah ça vous apaise ? Oui chacun son truc. C'est vrai qu'au début c'est étrange, presque terrifiant, et puis ça devient relaxant, on s'enfonce dans son transat comme dans du coton en écoutant cela. Ça et vos cocktails, c'est le paradis.

Mais comment s'appelle ce morceau ? Oui le premier du disque ? "Sweet love for planet earth" ? Ah ça me fait penser que demain je retourne chez moi, la terre me manque. Ah vous et vos semblables vont terriblement me manquer mon petit Krunger... Je partirai fâché si vous ne me présentez pas cette amazone là-bas, la grande brune avec la corne qui lui sort de la joue... Vraiment fâché!"

Le lendemain matin, avant de me laisser partir, mes hôtes m'offrir Street Horrrsing, le premier LP de Fuck Buttons. Je n'ai jamais trouvé le deuxième, vous savez ce que c'est les imports de Mars. Chaque fois que je l'écoute pour m'endormir, des souvenirs vaporeux m'envahissent. Alors je rêve à cette planète rouge où certaines femmes font plus de quatre fois ma taille. Et ça en vaut la peine, croyez moi.

Soyez cannibales!

27 octobre 2012

La Fin de tous les chants

Menace Ruine, où la bande-originale de la fin de tout. Un sombre vrombissement en fond sonore, accompagné d'une rythmique martiale, voilà tout ce qui reste pour illustrer le chant possédé de Geneviève sur Alight in ashes. Jamais le groupe n'avait était aussi loin dans le minimalisme pour offrir au monde sa vision tourmentée.

Peut-on encore parler ici de Black-Metal quand la musique touche de si près à l'universalité ? Y a t-il des choses à dire pour analyser cette musique ? Peut-on simplement en parler sans risquer de salir sa beauté noire et violente ? Il n'y a, je pense, pas de mot pour décrire la force de ce que ce bout de vinyle renferme, il serait, en tous cas, vain de vouloir en parler comme on parle du premier disque venu. Il n'y a ici que peu de repères, qu'ils soient mélodiques ou rythmiques, la voix seule nous prend par la main pour ne plus nous lâcher pendant ces six morceaux.

Menace Ruine sait faire naître en nous des images, toujours fortes, parfois désagréables et crues, le plus souvent d'une beauté morbide. Il faut écouter ce disque très fort dans le noir ou mieux, fermer les yeux si on a la chance de les voir sur scène, pour sentir monter en soi l'évocation de choses si enfouies qu'on en ignorait jusqu'à l’existence. Elles viennent de temps lointains pour nous parler du monde et de nous-mêmes, elles ne sont que simples évocations, messages brouillés. Paysages désertiques ou champs de ruines, lueurs nocturnes, on ne sait pas qui nous parle ni comment. On ne le saura jamais.

Là est la force de Menace Ruine, s'immerger dans ce disque fait naître des questions, déjà tant sur la forme que le contenu, mais d'abord sur ce que nous ressentons, sur ce que cette musique nous raconte. Parle-t-elle de l'origine ou de la fin ? De l'espoir ou de la tristesse ? D'un éveil ou d'une chute ? En sommes-nous encore aux menaces ou déjà au temps des ruines ? Très vite, les réponses à toutes ces questions n'importent plus, on plonge dans une sorte d'abandon et il devient grisant de se laisser happer par ce déferlement d'images, de rythmes et de sons. Il ne reste alors qu'à lâcher prise sur tout et ne plus connaître rien d'autre que ce bourdonnement drone sur lequel la voix nous transporte. On ne sait jamais vers où, mais le voyage est chaque fois meilleur, comme une drogue dont chaque nouvelle prise est la première.

Soyez cannibales!

22 août 2012

Les Mathématiques expliquées à mes filles

  Vous savez mes enfants que les maths ce n'est pas toujours ce que l'on croit ? Il est temps, maintenant que vous êtes grandes que je vous révèle les secrets sur la matière que vous détestez à l'école. La matière que tout le monde déteste et qui pourtant est la seule chose sur terre qui arrive à me faire danser...

Je me souviens que ça a commencé en 2011, votre père m'a fait écouter le premier disque de Battles, Mirrored, juste avant que le groupe ne sorte Gloss Drop. Quand ce dernier est enfin arrivé dans notre boite aux lettres par un matin de mai et qu'on a pu le mettre dans la platine, des équations fluo ont commencé à danser sur les murs. J'avais envie de porter des grosses lunettes et de me mettre à lire des bouquins de vulgarisations algébriques. Je voyais la liberté dans des additions de chiffres et de symboles. Ce n'était pas nouveau pourtant le Mathrock, mais pour la premier fois c'était fun, dansant, coloré. 

Rien que le line-up du groupe me faisait rêver, Ian Williams, ancien de chez Don Caballero et puis surtout John Stanier, batteur sur tous les meilleurs albums d'Helmet et dans les géniaux Tomahawk. Pour la première fois, voir des vidéos live d'un groupe était toujours excitant, alors les voir sur scène, vous imaginez! Quand Ian Williams danse sur scène entre ses synthés, ses pieds dessinent des représentations de fractales...

Le groupe réussissait l'exploit de mélanger l'héritage du rock indé ricain des 90's avec de l'afrobeat, de l'electro, une touche de musique expérimentale. Et le tout n'était jamais pompeux, au contraire, c'était une musique complexe, très travaillée mais elle était directe, rock. Quand vous écoutez le deuxième album pour la première fois, chaque morceau, dès les premières notes, vous donnent le sourire. Et ça sera toujours comme cela par la suite, à chaque écoute, même après l'avoir usé pendant un an. Parfois vous aurez envie de saisir la trame mathématique, les arythmies, de comprendre tout ce que fait chaque instrument. Vous vous perdrez, vous vous rendrez compte que cette musique est aussi dansante que progressive, aussi fun que complexe. Comme si on tenez enfin le groupe pouvant réconcilier les fans de Rush et ceux de l'IDM la plus dancefloor.

Voilà, vous connaissez maintenant le secret des mathématiques. Elles peuvent être un pont entre le geek à grosses lunettes et le fluo kid le plus remuant. Tout cela par la grâce de trois alchimistes hyper inventifs. C'est comme ça que cela s'est passé, du jour au lendemain j'ai trouvé les maths sexy. Incroyable non?

Alors soyez cannibales et, qui sait, un jour, la physique quantique fera peut-être planer des gamins dans des clubs moites...