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24 août 2019

Report Motocultor 2019

Tiens, qu'est-ce que c'est ici ? Ah oui, un blog, merde. Comme souvent, je devrais commencer par m'excuser pour ma trop longue absence en ces lieux étroits, mais non, on s'en tamponne, on passe directement à l'essentiel : Le Motocultor qui s'est tenu il y a une semaine non loin de Vannes (pas les blagues, la ville, quoi que vu certains groupes de la prog, on pourrait se demander, nous y reviendront.)

Jour 1 : "Ils sont très noirs les nuages là-bas, non ?"

Le festival s'ouvre, merveille des merveilles, par Mars Red Sky, qu'on ne se lasse pas de voir et de revoir, encore et encore, surtout qu'aujourd'hui, le groupe a quelques nouveautés dans son sac à potions, profitons-en ! Rien à redire, les bordelais transpirent toujours autant la classe et se planquent, chose de plus en plus rare, derrière leurs compos. Tout pour la musique, comme disait l'autre. Donc, non, on ne va pas voir un concert de Mars Red Sky pour le show, mais bien pour ce son si particulier qu'ils cultivent depuis maintenant douze ans, psychédélique et lourd, aussi gras qu'il est aérien. Une bonne ouverture de la boutique.

Je ne vous direz pas qu'Au-dessus était en-dessous de tout, mais bon, je m'y suis ennuyé comme jamais, c'était plat et long, mais alors long. Question de goût, certainement, mais tout de même.

Not Scientists, au contraire, était frais et rigolo, rien d'étonnant avec deux anciens Uncommonmenfrommars à bord. Un concert bien fun, mais qu'on aurait préféré voir ailleurs que sur la grande scène. Leur cocktail punk mélo/emo avait le bon goût de la fin du millénaire dernier, quand l'emo se réinventait pour la dernière fois et que The Get Up Kids en étaient les rois. Un chouette moment !

Juste après, la Supositor Stage (quel nom) accueille les rois du Trashcore épicé keupon : Iron Reagan. Un petit moment qu'ils n'étaient venu par chez nous, justifiant le monde plutôt conséquent devant la scène. L'autre raison étant que la musique des cinq foufous se révèlent bien mieux en live que sur disques, où elle souffre parfois d'un côté un poil linéaire. Ici, que nini, ça va vite, ça joue carré, c'est rigolo, les titres s'enchaînent à une vitesse folle, le chanteur s'amusant à tenir les comptes assez régulièrement. Pas le temps de s'ennuyer, quelques tubes, tel le très efficace "Fuck The Neighbours" et le groupe s'en va sans qu'on ait eu le temps de dire "ouf". Un des pics de coolitude du fest, assurément.

Plus tard, Ange s'installe gentiment sur la Massey Ferguscène (quel nom bis) et c'est parti pour un voyage assez loin des terres métalliques, vers un passé foisonnant où le groupe mené par Christian Décamps était très haut placé sur le trône du prog à la française. Le groupe n'ayant jamais arrêté de tourner et sortir des disques, nous découvrons beaucoup de choses que nous ne connaissions pas et le chanteur impressionne la foule par sa voix toujours magique et sa présence ultra charismatique. Quelques moments de grâce plus tard, on sort de sous la tante sonnés et émus. Un concert vraiment spécial, au milieu du bruit et (bientôt) de la boue ! Toutes les générations s'étaient données rendez-vous sous la tante, pour voir si la bête bouge encore, et la réponse est plus que oui. Rappelons qu'Ange a sorti son premier disque en 1972, il y a 47 ans !! Une vie de musique et un concert d'une générosité rare. J'ai versé ma petite larme (pas la dernière du weekend), c'est dire.

Puis, tout à coup, Magma. Je n'avais jamais eu la chance de les voir, alors que le groupe fait partie de ceux que j'écoute depuis que gamin j'ai mis le doigt dans l'engrenage de la grande machine de la musique qui fait du bruit. Imaginez donc mon émotion, de voir, pas très loin de moi, Christian Vander finir de s'installer. Et pensez au fait que l'an prochain, le groupe fêtera ses 50 ans. Sinon, que voulez-vous que je vous dise ? Le concert était parfait. Magma était révolutionnaire en 1970, il l'est toujours aujourd'hui, après 50 piges passées sur un trône que nul n'a jamais pu lui prendre. La raison ? Personne n'a jamais boxé dans sa catégorie. Magma est plus fou, plus unique, plus technique, plus musical, plus rythmique, plus dense, plus magique, plus tripant que tout ce qui a été produit en France en cinq décennies. Et ils ont ouvert la voie à tout le monde. Tout simplement. Et donner des concerts comme celui-ci, après tout ce temps, n'est rien d'autre que la preuve du génie, et d'un type particulier, celui qui ne se dément jamais. LE concert du festival.

Le dernier concert du vendredi sera pour nous NOFX. Un groupe que j'adore (si, si) et que j'ai toujours envie de revoir, encore et encore, bien qu'ils soient de plus en plus rares en France. Sauf que. Mais. Alors bon. Oui... Non ! Je savais que Fat Mike aimait faire le con, qu'en festival, le groupe s'amusait surtout à tout faire sauf de la musique, mais là... Non. Alors oui, dès qu'ils jouent, c'est toujours aussi bon, oui, le groupe est encore une machine à tube punk mélo. Oui, c'est rigolo les blagues et les cascades. Oui, mais non. L'équilibre habituel conneries/musique n'était pas de la partie, tout était brouillon, bordélique. Trop bordélique, sentant le foutage de gueule.

Jour 2 : Et de la boue, sortit un Golem.

Plutôt que de passer notre vie dans la boue, mes camarades de chantier et moi-même avons préféré dormir et profiter d'un peu de confort. C'est ainsi que nous ne sommes arrivés que vers 19H20 sur le site pour profiter, frais et dispo, d'un concert de Sólstafir plutôt pas mal du tout, plein de tubes et d'émotions, même s'il est flagrant que les morceaux les plus récents sont bien faibles comparés à l'époque bénie des trois précédents albums. L'absence du batteur originel se faisant cruellement sentir. Un bon concert tout de même.

Dopethrone est tout ce dont vous avez besoin si vous aimez le gras, le sale, le sludge. Par contre, si vous aimez avoir avec ça, un minimum de finesse, un soupçon de quelque chose qui fasse la différence, il faudra repasser. Beaucoup trop de sauce, beaucoup trop d'épices, la recette est extrême, mais, au milieu d'un champ de boue, elle passe assez agréablement. 

On ne vous parlera pas ici de Trust, parce qu'on a eu d'autres choses à faire que d'aller les voir. Étonnant, tout de même, qu'un groupe comme celui-ci existe toujours, capitalisant éternellement sur les trois mêmes tubes, n'ayant rien produit de décent depuis des décennies.

Puis vint EyeHateGod et le Golem se mit à marcher. Le groupe de la Nouvelle-Orléans fait partie de ceux qui ont défini un genre, l'ont fait évoluer, perdurer et profitent de chaque concert pour remettre leur titre en jeu, tout déballer et exhiber fièrement leurs entrailles. Dans chaque genre, sous chaque étiquette qu'on utilise pour cataloguer la musique, se cache trois ou quatre groupes maximum qui sont au-delà de la comparaison. Il suffit de les voir sur scène, n'importe quand, cela se vérifie à chaque fois, pour se rendre compte qu'ils sont hors des modes, qu'ils portent une musique qui dépasse toutes les autres. Ils ne sont pas simplement talentueux, il s'exhale de leurs concerts quelque chose de plus, de différent, de magique et d'inquantifiable qui les rend uniques. EyeHateGod est clairement de ceux-là. Et ce concert nous l'a encore une fois rappelé. Un must de cool, de haine et de catharsis.

Jour 3 : Vieux trash über alles.

Après deux jours passés dans la boue, un peu de soleil se mit à faire sécher les cœurs et les esprits, le festival pouvait se terminer tranquillement avec, semble-t-il, beaucoup moins de monde (certains ont dû difficilement survivre au camping).

Je rêvais de voir Voivod depuis longtemps, depuis Jason Newsted (oui, j'ai grandi avec Metallica, c'est ainsi, on n'y peut rien), depuis que la passion de la SF m'a fait découvrir ce groupe par le biais de leurs pochettes d'albums absolument folles. Je n'ai pas été déçu, et cela m'a donné envie de me plonger plus avant dans leur discographie si originale. Voivod s'est inventé son propre genre, sa propre façon de faire, et le concert de ce dimanche après-midi nous a rappelé que l'humilité et la classe sont des critères grâce auxquels on reconnait les plus grands. Un des grands concert de cette édition.

Sacred Reich, cinq jours avant la sortie de son premier disque en vingt-trois ans, est venu nous rappeler pourquoi il était toujours debout après tout ce temps. Du trash efficace, brute, mélodique, et un sens du cool, des interventions entre les morceaux à l'opposée de ceux qui essaient de jouer les gros méchants. Un concert aussi joyeux que la musique était écrasante de rigueur. Des tubes, partout, et des nouvelles compos qui tiennent plus que la route. Une raison de plus de se jeter sur le nouveau bébé, Awakening, album d'un retour discographique qu'on n'osait plus espérer.

Napalm Death, oui, alors, bon, comme ça, après trois jours, de loin. Oui, oui, c'est toujours Napalm Death, ils ont tout inventé, ils ont tout traversé, tout essayé, ils sont toujours là. Barney tient toujours la boutique en donnant l'impression que sa vie en dépend. Il faut les avoir vu une fois dans sa vie ? Sûrement. C'est un classique, une référence, une borne. Mais, avec la fatigue, vue de loin, pas grand chose.

Cet article était garanti sans Gronibard et sans Henri Dès ajoutés.

Si toi aussi tu voudrais que l'été perdure inlassablement, sois cannibale !

31 janvier 2019

Interview Endless Floods



Endless Floods sortira le 15 février,  Circle The Gold, son nouvel album. Petite discussion par mails.

Pour commencer, vous sortez bientôt votre troisième album, pouvez-vous m'en dire plus sur sa création, sa production, sa sortie ?

Circle The Gold a été composé sur environ 2 ans. Direct après II, on a posé les bases de Circle... L'idée, c'était de pousser les idées abordées dans II plus loin. A savoir, essayer de remettre au cœur d'un album "heavy" le sentiment de temps long, d'espace, de montées et descentes, mais à une échelle longue. Une première version de Circle... a été enregistré en mars 2017 mais on était moyennement satisfaits de l'équilibre de l'ensemble. Après quelques mois de pause on a repris le travail de zéro et en mars 2018 on a réenregistré l'ensemble de Circle… sous la forme qui sort là. Comme on envisage Endless Floods comme un groupe qui produit pour avancer, apprendre en plus d'exorciser des envies variées, on a décidé aussi de pousser la production plus loin sur Circle..., notamment le chant et les couches sonores additionnelles. Repartir de zéro nous a poussés à passer quelques caps importants, notamment le fait d’enregistrer quelque chose qui aille au-delà de ce que la formule "power trio" pouvait nous permettre de faire techniquement. On est très content d'avoir fait ça. Le chant aussi a été envisagé différemment, ça nous trottait dans la tête depuis quelques temps et on a initié le travail sur Circle

Tu parles de changements de productions sur le chant, peux-tu m'en dire plus ? J'aimais beaucoup le chant sur "II" qui me semblait très original dans le contexte de votre musique car il me rappelait certains groupes de screamo avec un chant très tourné vers l'émotion. Faut-il s'attendre à quelque chose de différent sur "Circle The Gold" ?

Disons que ça faisait 15 ans que je chantais (hurlais) de cette manière. Ça a des avantages, comme la spontanéité, le "à vif" mais ça a aussi ces défauts me concernant. Le principal étant que je me défonçais la voix en 10 minutes... J'ai aussi senti que j'allais être limité en termes de proposition. J'ai donc juste travaillé un peu de mon côté et intégré de nouvelles choses. Pour autant j'aurais tendance à dire que l'émotion reste là. Après c'est sûr que c'est moins "Screamo", mais perso je me suis jamais méga retrouvé dans cette comparaison. Je conçois que mon chant ait pu être associé à ça, mais ça n’était pas volontaire de mon côté. 

Est-ce que c'était une volonté dès le début de la composition de ce nouvel album de rester sur un format de disque assez court ?

Non, on a juste joué les morceaux dans les longueurs qui nous semblaient adéquates. Je vois que l'album fait un peu moins de 40 minutes, mais ce qui nous importait le plus c'était le ressenti du temps plus que la longueur formelle. Parfois, 10 minutes semblent très courtes et parfois elles sont ressenties comme une heure... On s'est juste soucié de trouver un équilibre général. L'idée c'est d'encourager à se laisser aller mais aussi d'entretenir l'attention par le détail et la dynamique, aussi subtile qu'ils puissent être. Aussi, en rapport avec ces "objectifs", on en revient souvent à élaguer pour se concentrer sur l'essentiel. C'est un apprentissage de tailler dans la matière mais ça oblige à pas se reposer sur "la longueur" et chercher l'essentiel et le ressenti plutôt. On aurait pu s'embarquer dans un troisième morceau pour l'album, mais on avait déjà balayé pas mal d'ambiances sur les 2 et on a préféré en rester là et creuser ce qu'on avait. En plus, comme on est assez productifs, ça nous permet d'avoir du nouveau matos à bosser pour de futures sorties tout le temps.

Ce travail sur la dynamique et le ressenti du temps me semble très abouti sur "Seeds". J'aime particulièrement ce morceau et sa dernière partie où ton chant est très mélodique. De quoi parle ce morceau ?

Merci ! "Seeds" parle justement de ce besoin de temps plus long en général. De recul et de distance par rapport à des événements ou des problèmes. Je ne généralise pas ça à tout, il faut garder de l'instinctif et du spontané mais savoir accepter que tout ne se règle pas du jour au lendemain permet, il me semble, de mieux gérer sa frustration par exemple. Ce qui est intéressant c'est que c'est à l'image du morceau. Après la première version on a dû accepter que quelque chose ne marchait pas. Ensuite, ça nous a pris du temps pour identifier les problèmes, les évaluer et envisager des solutions. Même là, il a fallu du temps pour comprendre et intégrer où on pouvait aller avec ce morceau. Du coup, les paroles résonnent entre autre avec la genèse du morceau et avec sa forme actuelle, tout en évolution. Se remettre en question, envisager le changement et accepter le temps long.

Je crois savoir que vous avez accueilli un nouveau guitariste pendant la création de Circle The Gold ? Est-ce que ça a eu une influence sur votre façon de composer et d'appréhender le groupe ?

Alors oui, on travaille à quatre en ce moment après l'intégration de Jérôme en deuxième guitare/machines. Cependant Jérôme est arrivé après le processus d'écriture de Circle... On a commencé à discuter de son intégration avec lui vers la fin de la production de l'album. À ce moment-là, on avait déjà poussé nos ambitions un peu plus loin, au-delà de ce que le format à trois nous permettait. On sentait que pour assumer pleinement ce cap, notamment en live, c'était important d'avoir quelqu'un avec nous en plus. Jérôme, c'est le méga boss quand il s'agit de production, d'habillages et de textures. C'est un pote depuis longtemps, on a déjà tourné ensemble (il joue dans Year of no Light avec qui Monarch a tourné plusieurs fois) et on avait envie de faire de la musique ensemble aussi. C'est tombé à point nommé pour la suite du groupe. 

Du coup, est-ce qu'en live, vous réarrangerez certains anciens morceaux pour deux guitares ?

Oui, on est en train de travailler tout ça en ce moment. 

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de monter Endless Floods ? 
Ce qui a lancé l'envie ce sont des références relativement classiques : Corrupted, Harvey Milk, Boris, Neurosis, Asunder, Earth, Melvins...

Merci à Stéphane Miollan pour ses réponses.

1 janvier 2019

Un top et tout va mieux


    Une année réduite à dix films, dix séries, quatre livres, huit concerts et vingt-cinq disques comme autant de balises de tout ce qui s’est passé entre, d’une vie qui va, toujours et malgré tout. Excellente année 2019 à toutes et tous les cannibales !

Disques :
-Hot Snakes : Jericho Sirens
-Superchunk : What A Time To Be Alive
-Messa : Feast For Water
-Youth Avoiders : Relentless
-Thalia Zedek Band : Fighting Season
-E : Negative Work
-Veuve SS : Traître à tout
-The Messthetics
-Bison : ST
-Setsuko : The Shackles Of Birth
-Grand Final : La Mort
-Mara Jade : Na Zlomeny srdce vedes
-Ken Mode : Loved
-Thou : Magus
-Bellini : Before The Day Has Gone
-Buñuel : The Easy Way Out
-Super Unison : Stella
-Birds In Row : We Already Lost The World
-David Byrne, American Utopia
-Harms Way : Posthuman
-Pig Destroyer : Headcage
-Portrayal Of Guilt : Let Pain Be Your Guide
-Autechre : NTS Sessions
-Akitsa : Credo
-Big’N : Knife of Sin

Mention Spéciale : David Byrne et son meilleur disque depuis très longtemps. Le retour de Hot Snakes avec un disque touchant de très près la perfection. Thalia Zedek et sa magie, deux fois dans le top disques, deux fois dans le top concerts. Encore !

Concerts :
-Blockheads, Motocultor, Saint Nolff
-The Young Gods, Motocultor, Saint Nolff
-Celeste, Motocultor, Saint Nolff
-E, Espace B, Paris
-Thalia Zedek, Olympic, Paris
-Iron Maiden, Bercy, Paris
-Coil Guns, Ken Mode et Birds In Row, Petit Bain, Paris
-Rance, Ulsect et Zhrine, Olympic, Paris

Mention spéciale : Des larmes devant les Young Gods au Motocultor, un concert magique, un voyage, une grande leçon. Le nouvel album sort en févier. Vite, vite, vite !!!

Livres :
-My Absolute Darling, Gabriel Tallent, Gallmeister.
-Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard, Minuit.
-Un feu dans la plaine, Thomas Sand, Les Arènes.
-L’espace du rêve, David Lynch, JC Lattès.

Mention spéciale : My Absolute Darling, un premier roman aussi brutal qu’émouvant.

Films :
-La Douleur
-Phantom Thread
-Katie Says Goodbye
-L’île aux chiens
-Plaire, aimer et courir vite
-Au Poste !
-BlacKKKlansman
-Les frères sisters
-Nos Batailles
-En liberté !

Un souvenir au fond d’une salle de cinéma (le spoil est un mythe) :
La scène finale de Katie Says Goodbye, tout est perdu pour l’héroïne, elle n’a plus rien, elle peut donc tout recommencer et tout redevient alors possible.

Séries :
-Bojack Horseman, saison 5
-Le bureau des légendes, saison 4
-Kidding, saison 1
-Forever, saison 1
-Coin-coin et les z’inhumains
-Sharp Objects, mini-série
-The Deuce, saison 2
-The Haunting of Hill House, saison 1
-Lodge 49, saison 1
-Killing Eve, saison 1

Mention spéciale : The Deuce, pour ses acteurs, sa narration et sa BO, quasiment un personnage à part entière de ce portrait du New York nocturne de la fin des 70’s.

Soigne ton foie et sois cannibale !!!

15 septembre 2018

Motocultor 2018


Comment parler de trois jours dans la poussière et le bruit, la bière et les saucisses, le temps qui se distord et le ciel toujours bleu ? Comment dire la joie de l’enfant qui sommeille en moi et qui rêvait de voir certains groupes depuis l’adolescence ? Tentative incertaine pour un rapport forcément subjectif d’un festival de Metal.

Il y avait cette année pas vraiment de têtes d’affiche qui me parlaient. L’alternance des scènes a fait que la plupart du temps, nous ne passions par la Dave Mustage que par curiosité, pour dire « Tiens Cannibal Corpse » (fatiguant), « Tiens, Nasheville Pussy » (oui, oui, pourquoi pas), « allons jeter un œil à Ultra Vomit » (à la limite du gênant). Nous avions ensuite du temps pour boire un verre ou d’aller devant les autres scènes y attendre des choses plus consistantes.

Le vendredi, le soleil tape sur la Supositor’s, quand nous arrivons, c’est Nesseria qu’une petite foule attend. Le groupe ne m’a jamais véritablement parlé sur disque, mais là, c’est autre chose, son très bon (dans l’ensemble ce sera le cas tout le weekend), sourires constant, bonne humeur, violence. Ce qui n’est pour nous qu’une mise en jambe annonce du très bon. Ça y est, on y est. Le reste de la journée n’est qu’une promenade, faite de bières et de discussions sur le site du festival, vraiment chouette, petit, bien pensé. Quand le soir arrive, on se retrouve devant Myrkur, que j’étais très curieux de voir enfin sur scène, son dernier LP tournant chez moi régulièrement. La dame ne déçoit pas, impressionne plutôt par son chant d’une richesse folle, sachant monter très haut sous le chapiteau de la Massey Ferguscène. Un concert perturbé par de léger soucis techniques qui n’entament en rien le charme de ce Black Metal  pas tout à fait comme les autres. Encore un petit peu d’attente et nous sommes devant l’équipe technique des Young Gods. Un groupe assez rare depuis quelques temps, que j’adore et que je n’ai eu l’occasion de voir que deux fois auparavant. L’excitation est donc à son comble quand les trois suisses arrivent sur scène. Incroyable concert, comme toujours, les Young Gods dégageant une chaleur sur scène qui touche au sublime. Une setlist parfaite mais un concert qui me semble, forcément, trop court. Un des sommets du festival, assurément. La fatigue du voyage se fait sentir, direction dodo.

Le samedi a été pour moi le jour le plus intense, beaucoup de groupes que j’attendais, aucune déception, un temps idéal, pas trop chaud. Le pied. On arrive, malheureusement, à la fin de Hangman’s Chair, mais le peu que l’on en a vu a fini de nous convaincre de l’incroyable talent de ce groupe parisien aussi original que puissant. Un chanteur impressionnant, une rythmique d’éléphant sur le retour mais à qui on ne peut plus la faire à l’envers, une présence sur scène qui en impose de façon assez bluffante parce que semblant couler de source. Très frustré d’avoir raté le début mais, que voulez-vous, il faut bien dormir. Direction ensuite la Supositor’s, pour le groupe que j’attendais avec le plus d’envie : Blockheads. Pour moi, un des tout meilleurs groupes de Grindcore toutes époques confondues. Et dire qu’ils ne m’ont pas déçu serait une litote. Banane totale, chaleur, poussière, générosité de chaque instant, un esprit punk de vrais passionnés, un son parfait, et cette musique qui fait partie de celles qui constituent les bases de mes goûts musicaux. J’ai même eu la possibilité de faire un câlin au chanteur. Parfait. La surprise du jour, c’est Pelican, un groupe qui sur disque me laisse totalement froid et que j’ai trouvé ici des plus convaincants, malgré quelques soucis de sons (pas leur faute, peut-être). Tenir une scène de festival Metal avec un groupe totalement instrumental me semble être un exploit difficile à réaliser, le groupe le fait avec aisance. Simple et efficace. Puis, la joie de voir Nostromo sur scène, la satisfaction de les savoir revenus pour de bon. Cette brutalité absolument jouissive qui traverse toute l’enceinte entre les arbres de la Supositor’s, cette technicité bluffante, ce Grindcore pas tout à fait comme les autres, technique, chirurgicale. Un des pics de kiff du festival. Plus tard dans la journée, Celeste se fait désirer sur la Massey Ferguscène et a bien raison, le groupe ayant enfin par chez nous la reconnaissance qu’il mérite. Etant maintenant habitué à les voir jouer, la surprise est de taille : de petits changements de mise en scène bienvenus, un son meilleur que jamais et une façon de dérouler tout ça qui en impose comme jamais auparavant. Celeste est au maximum de ses capacités, tient son bidule comme jamais et nous assomme littéralement. Le concert du jour, c’est celui-ci. Et c’est maintenant certain, Infidèle(s) est le meilleur album d’un groupe en permanente progression. Merde, tant de bons groupes français !! Inutile après cela de parler du reste de la soirée, la messe est dite.

Le dimanche ne restera pas comme mon jour favori mais m’a réservé quelques bonnes surprises. J’attendais de voir Cult Of Occult pour me convaincre, leurs albums n’ayant jamais réussi à me faire plus que tendre l’oreille. Eh bien, leur concert était du même bois, violent, plombant, certes, mais linéaire, assez éloigné de ce qui dans le genre sait tout détruire. Tant pis. La surprise de taille du jour fut Stoned Jesus, un groupe qui lui aussi ne m’a jamais vraiment fait sauter au plafond sur disque. Et là, je ne sais pas, cette musique simple et directe, le kiff du stoner en trio, ces trois jeunes types qui tiennent la scène avec sourire et humour, tout était là. Le concert feel good du festival, mais pas non plus un renversement des planètes Stoner non plus, simplement un moment très cool. Ce qui est déjà beaucoup. En prime, un nouveau morceau joué pour la première fois, merci. Sur la même scène, Misery Index m’a étonné par son côté cool et tranquille, ambiance que je n’attendais pas d’un groupe de Death. Rien à en dire de plus, si ce n’est que je suis toujours content de voir un groupe de chez Relapse sur scène, puisque c’est tout simplement le meilleur label américain qui soit. D’ailleurs, Relapse, encore, la dernière claque du festival sera Dying Fœtus qui, là où Cannibal Corpse est chiant comme la lune, se révèle passionnant d’un bout à l’autre d’un set qui, bizarrement, avait lieu sur la Supositor’s. Etrange choix d’organisation, tant le groupe ricain a déplacé les foules. Un batteur totalement inhumain qui joue tout le temps plus vite que tout le monde et qui parfois se met à jouer plus vite que lui-même, un son clean comme un scalpel, une ambiance finalement fun (cet appel au don pour que le groupe puisse fumer sur la route), des musiques d’intro et de conclusion choisies avec soin (Ahahah). Que demander de plus ? Dying Fœtus a inventé le Deathcore (le vrai, celui qui fait se télescoper le Death le plus brutal et le Hardcore le plus violent, pas cette musique pour connards qui est le nouveau nom du Metalcore). Voilà, c’est fini, c’était cool.
Dédicace à Anatole, qui se reconnaitra et qui a été un compagnon parfait.



3 juin 2018

Dark Water

"C'est gras. Et fin, en même temps. Comme des rillettes."C'est par ces quelques mots aussi fleuris qu'impeccablement justes et flatteurs (si, si) qu'un homme de mes amis, au goût toujours certain et à la verve tripière, a réagi à la première écoute de Endless Floods et de son deuxième long format, terriblement sobrement intitulé II. Doom.

Un peu de math pour commencer, ça fait toujours du bien. Le disque est composé de deux titres longs et d'un court intermède. Quasi vingt-cinq minutes pour le premier et presque vingt pour le second. Et s'il est vrai que, dans le genre qui nous intéresse, la longueur extrême n'est plus une surprise pour personne, rare sont ceux qui réussissent à imposer quelque chose d'original sur un format somme toute assez casse-gueule. Et mieux, si je vous disais que II est captivant de bout en bout dès la première écoute ? Incroyable, non ?

"Impasse" ouvre le pot (oui, oui, de rillettes, c'est bien) en se développant d'abord de façon assez classique : lenteur, crasse, toutes cymbales dehors et une mélodie qui rampe au milieu de tout ça. On pense alors un peu aux voisins de Monarch! sur leurs travaux les plus abouties (il faut que je vous parle de Never Forever (je sais ça commence à dater)). Et puis le chant arrive, et là mes frères (et mes sœurs), le miracle se produit. Parce que si à l'instant où l'on se trouve, seulement quelques minutes se sont passées, on entre dans quelque chose de plus inédit et qui participe à l'intérêt magnétique que Endless Floods aura très vite pour ceux qui y poseront une oreille attentive. Car si la musique fait songer à du Sludge/Doom certes de très bonne facture, le chant ferait facilement penser aux grandes heures de la French Way of Emo (je mets tous les noms de genres en majuscules, je suis d'humeur classificatrice respectueuse). Et pour qui suit ce blog depuis quelques temps (j'en vois quelques-uns au fond), il saura que ça ne peut pas me laisser insensible. Figurez-vous qu'à ce train-là, le morceau est tellement palpitant que quand, d'un coup, le calme s'installe, le quart d'heure est largement passé. Le morceau bifurque alors vers quelque chose de moins âpre, la guitare se fait clair et on glisse tranquillement vers la contemplation jusqu'à ce que le tout grimpe encore vers des cimes de distorsions, mais dosées, par touche savante. Parce que l'autre grand atout de Endless Floods, c'est cette gestion parcimonieuse du bruit, de ces ambiances Noise qui font clairement son identité. Et boom, un p'tit tour de force, comme ça, modeste et appliqué, réussissant à captiver pendant la durée moyenne d'un long disque de Grind.

"Passage" se la joue interlude acoustique, en faisant bien plus penser à Steve Von Till qu'à un truc de hippies et c'est très bien, on sait qu'on a changé de face et qu'on peut se rasseoir pendant une vingtaine de minutes (-reprendrez-vous un peu de rillettes ? -Oh moi, vous savez, en apprenant la mort du maire du Mans pendant la rédaction de cette chronique, je ne sais plus comment je m'appelle. Une grande perte pour le monde du théâtre, c'est tout ce que je peux vous dire...).

"Procession" commence comme une romance à deux de nuit sur un alligator dans un marécage en regardant les obsèques du maire du Mans en Replay sur l'application smartphone de France 3 Pays de la Loire. Mais heureusement, il n'y a plus de réseau, la retransmission s'arrête et la voix déboule, encore plus papier de verre en lambeaux que jamais, Sludge pour tous et chacun sa merde. Quand soudain, les lumières commencent à se faire plus lointaines, la musique n'est plus qu'un souffle... Et repart, encore et encore, chaque fois plus goudronnée, toujours plus noise, avec une guitare qui se dresse et serpente en suintant jusqu'à s'épuiser, au faîte d'un disque qui, disons-le, nous subjugue. Et les dernières lumières s'éteignent avant que le disque ne se termine dans un déluge complet. Et Endless Floods a bon sur toute la ligne. Épatant, hein ?

"Une rue, c'est ce qui va quelque part. Ça marche de chaque côté de nous comme une procession." Paul Claudel

Plus que jamais, sois cannibale.


12 janvier 2018

Top Gun

2017 est morte, vive 2017. Dans le désordre le plus complet.

Skeuds :

-Big Brave : Ardor
-Unsane : Sterilize
-Monarch : Never Forever
-torino : De L’autre côté de la ville
-Wolves In The Throne Room : Thrice Woven
-Bell Witch : Mirror Reaper
-Friendship : Hatred
-Oxbow : Thin Black Duke
-Prurient : Rainbow Mirror
-Iron Reagan : Crossover Ministry
-Black Mecha : I.M. Mentalizing
-Brutus : Burst
-Crystal Fairy : St
-Horisont : About Time
-PallBearer : Heartless
-Endon : Through The Mirror
-Contractions : Demo
-Woe : Hope Attrition
-Mondkopf : They Fall But You Don’t

Concerts :

-The Saddest Landscape et Svalbarduk à l’Espace B
-Oxbow, Celeste, Inter Arma et Sumac au Gibus
-The Conformists et Porch à l’Espace B
-Windhand, Monolord, Conan et Satan’s Satyrs au Glazart
-Emma Ruth Rundle à l’Espace B
-Wolves In The Throne Room et Aluk Todolo au Glazart
-Celeste, Comity et Revok au Point Ephémère
-Grails et Majeure au Glazart

Films :

-Grave de Julia Ducournau
-The Lost City of Z de James Gray
-Get Out de Jordan Peele
-Emily Dickinson, a quiet passion de Terence Davies
-Rodin de Jacques Doillon
-Loving de Jeff Nichols
-Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin
-Laissez Bronzer les cadavres D’Hélène Cattet et Bruno Forzani

Série :


-Bojack Horseman
-Flowers
-Godless
-Nola Darling
-The Deuce

29 décembre 2016

Slacker, A top model for 2016

Avec amour mais dans le désordre :

-Aluk Todolo : Voix
-Swans : The Glowing Man
-Tortoise : The Catastrophist
-Cult of Luna/Julie Christmas : Mariner
-Rêche : Rêche
-Vektor : Terminal Redux
-Subrosa : For This We Fought The Battle of Ages
-Horseback : Dead Ringers
-Brain Tentacles : Brain Tentacles
-DIllinger Escape Plan : Dissociation
-Candiria : While They Were Sleeping
-Super Unison : Auto
-Venomous Concept : Kick Me Silly VCIII
-Gorguts : Pleiades Dust
-Mike and the Melvins : Three Men and a Baby
-Zhrine : Unortheta
-NOFX : First Ditch Effort
-Thalia Zedek Band : Eve
-Michel Cloup Duo : Ici et Là-bas
-Papier Tigre : The Screw
-Deathspell Omega : The Synarchy of Molten Bones
-Blut Aus Nord/Aevangelist : Codex Obscura Nomina
-Antaeus : Condemnation
-Bölzer : Hero
-Khemmis : Hunted
-Violent Magic Orchestra :Catastrophic Anonymous

Rééditions :

-White Zombie : It Came from NYC
-Blonde Redhead : Masculin-Féminin

Concerts :

-Aluk Todolo à l'église Saint Merry
-Clutch au Trianon
-David Gilmour au château de Chantilly
-Shellac à la Gaité Lyrique
-Tortoise à Villette Sonique
-Unsane à Main d'Oeuvre
-Subrosa à l'Espace B

Films :

-La Fille Inconnue
-Midnight Special
-Premier Contact
-Café Society
-Elle
-L'Avenir

3 octobre 2016

Les Années

En ce mois d’avril mouvementé, Michel Cloup Duo sort son troisième LP, Ici et Là-bas. Je me précipite pour en dire du bien, tant je suis surpris par le bond effectué depuis Minuit dans tes bras.
J’aimerais, pour une fois, ne pas parler de chaque morceau individuellement et laisser la joie de leur découverte intacte, car chacun d’eux la mérite amplement.
Il faudrait dire d’abord que ce disque est plus long, plus varié, synthétisant les deux premiers tout en ouvrant une fenêtre gigantesque sur des choses nouvelles. Michel Cloup détruit ici les murs de son propre terrain de jeu pour nous le présenter à nouveau, plus vaste mais jamais dénaturé. Au-delà de cette réussite, il y a le plaisir simple et chaque fois renouvelé de découvrir un album qui s’adresse directement à ce qu’il y a de plus intime en nous-même.
nous parle de notre époque, de ces désillusions, allant de l’intime à l’universel, illustrant de manière magistrale qu’il n’y a jamais d’individu sans collectif. Ici, on pense beaucoup à ce qu’il y avait de meilleur dans Expérience, cette conscience humaine forte, osons même le dire, politique, ne tombant jamais dans le moralisme et le slogan vide. La politique est ici entendue comme le simple fait de se connaître comme membre d’un tout, d’une famille, d’une ville, d’un pays – mais, encore une fois, en allant plus loin, en gardant ce que la musique de ces deux disques déjà sortis sous son propre nom possède de douceur, de souffle intérieur. Il y a chez Michel Cloup une grâce dans l’écriture, si forte qu’il réussit à tout nous dire en restant pudique.
Comme pour les albums précédents, on plonge dans ce disque comme dans un cocon où l’on aime à se réfugier. La grande nouveauté est qu’il est tourné vers l’extérieur, les autres et notre conscience collective. Comme chez Annie Ernaux, plus que jamais on se retrouve dans une histoire qui n’est qu’à lui et qui nous appartient aussi à tous, parlant du « je » pour le « nous ». Jamais un disque de Michel Cloup n’avait réussi cela de manière si définitive.
On aura attendu longtemps ceux qui allaient taper fort dans la fourmilière du rock en français et, avec ce troisième album du Michel Cloup Duo, on se demande comment la majorité peut être si sourde. On a tant parlé de Diabologum, sûrement à raison, mais vingt ans plus tard, Michel Cloup sort toujours des disques, et quels disques !

La Foire des ténèbres

Mieux vaut tard que jamais, un top 2015 pour dire au revoir à une année qu'on a été plutôt content de quitter. Des disques définitifs (Goatsnake), des bons qualitatifs qui frisent la perfection (Sofy Major) et des découvertes qui ne cessent pas de revenir nous hanter (Big Brave).
-Goatsnake : Black Age Blues.
-Steve Von Till : A Life Unto Itself.
-Battles : La Di Da DI.
-Clutch : Psychic Warfare.
-Zombi : Shape Shift.
-Faith No More : Sol Invictus.
-Lou Barlow : Brace The Wave. 
-Built To Spill : Untethered Moon.
-Glaciation : Sur Les Falaises de marbre.
-Oneohtrix Point Never : Garden Of Delete.
-The Saddest Landscape : Darkness Forgives.
-Sofy Major : Waste.
-Big Brave : Au De La.
-All Them Witches : Dying Surfer Meets His Maker.
-Sed Non Satiata/Carrion Spring : Split.

La Nausée

A la rentré de septembre 2014 sortait le troisième album de La CanailleLa Nausée. Il m'en aura fallu du temps pour véritablement me faire une place confortable dans ce disque, pour m'y sentir chez moi et finir par y inviter mes potes. La faute à pas de chance, à une rentrée musicalement chargée en trucs cool mais surtout à un disque différent des deux précédents et cela de bien des façons.
Oui, j'ai eu un sentiment bizarre la première fois que j'ai jeté une oreille (bêtement distraite) sur ce disque, il paraissait trop loin des précédents, plus rap dans les instrus, moins varié, plus linéaire dans le chant. Je dis des conneries, hein, ne t'en va pas. Et comme un con qui aime se faire son petit avis trop vite, parce que tout va trop vite, je ne comprenais pas pourquoi j'y revenais souvent, d'abord sur deux ou trois morceaux puis carrément sur ceux que j'avais d'abord jugé ratés ("Pornoland", on y reviendra). Et puis, un jour est arrivé où la liste des titres qui faisaient l'unanimité entre mes deux oreilles est devenu plus conséquente que l'autre, celle où se trouve "Décalé".
Je n'arrive pas à apprécier ce titre, pourtant j'essaye, j'y reviens, je le laisse tranquille pour y retourner mais rien n'y fait. Enfin, un truc un peu en dessous sur un skeud, on va pas crier au scandale non plus. Surtout que le reste du disque, même si il faut le laisser venir (tu l'aura compris) s'avère au fil des écoute aussi addictif que jouissif et plein d'autres mots en -If. "Pornoland" est aussi difficile à aimer, la faute à des samples qui desservent un peu le propos, mais le texte fort de cette chanson fini par emporter l'adhésion.
Pour le reste, sur des titres comme "Redéfinition", "Jamais nationale", "Encore un peu" ou "Desséchée", La Canaille nous parle de sujets parfois très peu traités dans le rap français et le fait si bien, avec sa langue maintenant si reconnaissable, qu'on ne peut que se laisser emporter dans ce disque pas tout à fait comme les autres. "Décalé" nous dit-il, c'est exactement ça. Puis il y a "Monsieur Madame", un véritable conte des temps modernes, porté par un flow aussi posé qu'efficace et dont la conclusion est une petite merveille, aussi grinçante pour ceux dont elle parle qu'elle est pour nous jubilatoire.
De toute façon, un disque qui se termine par un extrait d'interview du grand Jacques, qui nous parle de bêtise et sert de conclusion, ne pouvait être qu'un truc qui colle aux oreilles, qu'on réécoute, souvent, qu'on aime à faire découvrir et surtout qui aime à nous malmener pour nous conduire là où on ne va pas souvent. Dans ce petit espace dans lequel les discussions fusent et les avis sont aussi tranchés que passionnés. Qu'un album de rap français (enfin au sens large, t'as compris) nous fasse encore ce cadeau, certains pessimistes n'y croyaient plus. Du tout bon.

Évite la bêtise, sois cannibale.

All is lost

Y a des périodes comme ça où écouter de la musique devient terriblement routinier. On écoute quelques classiques, on se tient au courant de l'actualité d'une oreille distraite, parfois on fait une découverte sympa en disant "ah ouais, ça c'est sympa, c'est quoi ?" Mais finalement, sans s'en rendre véritablement compte, on est blasé. La faute à la surdose, à la musique trop facilement accessible, perdant si on n'y prend pas garde une grande partie de son sens. Et puis au détours d'une super cool émission de radio (Panopticon sur une radio mancelle, oui madame), on découvre Douche Froide et on se souvient très vite de pourquoi on écoute autant de musique, partout, tout le temps.
Depuis une semaine, c'est simple j'écoute ce petit Lp de sept titres en boucle. Douche froide, c'est du punk en français mais ça ne se réduit pas à ça, loin de là. D'abord, c'est la magie d'une voix féminine et de textes loin des clichés du genre, des textes qui te dresse les poils, qui te questionnent et qui sont une des trois cents raison qui vont te rendre accro. C'est une musique simple et brute, qui te rentre dans la tête si vite que tu n'as pas le temps de te rendre compte que tu es contaminé, pauvre fou que tu es !
On pense ici à La Fraction et Dix petits indiens, pour le chant féminin en français, mais il serait injuste et simpliste de réduire Douche Froide à du punk franchouillard avec une nana au chant. Le son tient plus ici d'une sorte de post-punk des débuts et les textes ne peuvent pas véritablement être qualifiés de revendicatifs même si, comme chez La Fraction, il s'en dégage une sorte de rage libertaire. Mais la forme est ici bien plus poétique et nuancée.
Comme cela faisait longtemps qu'un disque chanté en français n'avait pas si facilement emporté mon adhésion ! Et longtemps aussi qu'un disque ne m'avait pas rendu si dépendant à ma paire d'enceintes ! En ce relativement morne début d'année musicale, Douche Froide tombe à pic pour te rappeler comme il est bon d'écouter des chansons en en lisant les textes en même temps, comme cela peut être bien de mettre un disque, de ne rien faire d'autre et de se mettre à rêver. C'était simplement ça qu'on attendait.
"Même si tu détresses ton cœur brin par brin, mon plus doux fourreau, je n’aurai pas besoin de tenir mon couteau." "Lame", Douche Froide.
Arrête tout ce que tu es en train de faire, écoute Douche Froide et sois cannibale !

Santa Sangre

2015 égraine l'air de rien ses journées comme un géant enfilant des perles chronophages, le temps passe vite dans l'atmosphère glacée de cette fin janvier. Il y a quelques mois sortait le dernier album de Blut Aus Nord, le troisième volet de Memoria VetustaSaturnian Poetry. Il ne sera pas question ici de faire une description titre par titre mais simplement, de livrer quelques impressions et donner envie à ceux qui n'ont pas encore écouté, les fous, cet immense disque.
Après une trilogie 777 aussi intense que froide mais parfois décriée comme l'oeuvre d'un groupe commençant à tourner en rond, Blut Aus Nord revient à un Black Metal moins expérimental et industriel en offrant une suite à un cycle commencé il y a maintenant dix-neuf ans. Et quelle suite ! Tout ici va plus loin que dans les deux premiers volumes, offrant une musique aussi complexe qu'aérienne et dont le résultat est un disque dans lequel on se plonge avec délice et admiration pour ses lieux qu'il fait naître en nous, par la grâce d'un black metal versatile et dense, tellurique.
Ce disque immense, dépassant tout ce qu'on pouvait attendre de Blut Aus Nord, allant plus loin qu'aucun autre de ses albums et transcendant le genre auquel on le rattache, est une porte autant qu'un abîme, une clé autant qu'un verrou sur l'oeuvre déjà si riche d'un groupe qui avance à chaque album pour dépasser ses propres sommets.
Sont-ils si nombreux les disques qui savent nous enlever de notre environnement et nous déposséder de nos préoccupations pour nous faire voyager ailleurs, dans le temps et l'espace ? Certes non, et si Saturnian Poetry est de ceux-là, il va plus loin encore, en redéfinissant (une nouvelle fois) les codes du Black Metal et en offrant un disque finalement accessible, aux dimensions universelles. Au final, on tient un disque dont on n'a pas fini de découvrir les subtilités, dans lequel il est si agréable de se laisser tomber, encore et toujours, pour mieux l'apprendre et découvrir qu'on ne le connaîtra jamais tout à fait.
Encore une sortie soignée du fantastique label Debemur Morti (Dirge, Year Of No Light...).
Réchauffe toi par la douce méthode Cannibale !

Ce n'est pain perdu pour tout le monde

Il y a des années comme ça dont on sait qu'elles commencent bien parce qu'elles s'illustrent par un jeu de mots, écrit dès leurs premières heures. Il est alors temps de se souvenir : A-t-on écouté de la bonne musique en 2014 ? Les livres dans lesquels on s'est perdu, ont-ils changé notre regard ? Ont-ils rendu le monde plus beau ? Et le cinéma ? Était-il d'une qualité qui justifie qu'on continue de considérer les salles obscurs comme un des derniers refuges contre la folie ambiante ? Cette année, mon top de la précédente est une chimère, en effet je caresse l'illusion qu'il possède des vertus médicinales, pour me guérir de cette gueule de bois sourde qui rampe à travers le dédale de mes souvenirs. Vous avez dit 2014 ? Très bien, et vous ?
Disques :
-Blut Aus Nord, Memoria Vetusta III - Saturnian Poetry
-
Baton Rouge, Totem-We Insist!, We Insist!
-Mondkopf, Hadès
-Extreme Precautions, I
-Mastodon, Once More 'Round The Sun
-Michel Cloup Duo, Minuit dans tes bras
-Yob, Clearing The Path To Ascend
-Warsawwasraw, Sensitizer
-Rouille, On Tue ici
-Ben Frost, AURORA
-The Austerity Program, Beyond Calculation
-La Dispute, Rooms Of The House
-Mogwai, Rave Tapes
-Shellac, Dude Incredible
-
Swans, To Be Kind
Concerts :
-Mogwai, Olympia
-Portishead, Rock en Seine
-Antemasque, Gaîté Lyrique
-La Colonie de vacances, 104
-Year Of No Light & Mars Red Sky, Point éphémère
-NOFX, Trianon
-Baton Rouge, Parvis

Livres :
-Steve Tesich, Price
-Matthew Stokoe, Empty Mile
-Cathi Unsworth, Zarbi-Caryl Férey, Les Nuits de San Francisco
Films :
-Mommy
-Whiplash
-Maps To The Stars
Bonne année et sois cannibale !