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24 août 2019

Report Motocultor 2019

Tiens, qu'est-ce que c'est ici ? Ah oui, un blog, merde. Comme souvent, je devrais commencer par m'excuser pour ma trop longue absence en ces lieux étroits, mais non, on s'en tamponne, on passe directement à l'essentiel : Le Motocultor qui s'est tenu il y a une semaine non loin de Vannes (pas les blagues, la ville, quoi que vu certains groupes de la prog, on pourrait se demander, nous y reviendront.)

Jour 1 : "Ils sont très noirs les nuages là-bas, non ?"

Le festival s'ouvre, merveille des merveilles, par Mars Red Sky, qu'on ne se lasse pas de voir et de revoir, encore et encore, surtout qu'aujourd'hui, le groupe a quelques nouveautés dans son sac à potions, profitons-en ! Rien à redire, les bordelais transpirent toujours autant la classe et se planquent, chose de plus en plus rare, derrière leurs compos. Tout pour la musique, comme disait l'autre. Donc, non, on ne va pas voir un concert de Mars Red Sky pour le show, mais bien pour ce son si particulier qu'ils cultivent depuis maintenant douze ans, psychédélique et lourd, aussi gras qu'il est aérien. Une bonne ouverture de la boutique.

Je ne vous direz pas qu'Au-dessus était en-dessous de tout, mais bon, je m'y suis ennuyé comme jamais, c'était plat et long, mais alors long. Question de goût, certainement, mais tout de même.

Not Scientists, au contraire, était frais et rigolo, rien d'étonnant avec deux anciens Uncommonmenfrommars à bord. Un concert bien fun, mais qu'on aurait préféré voir ailleurs que sur la grande scène. Leur cocktail punk mélo/emo avait le bon goût de la fin du millénaire dernier, quand l'emo se réinventait pour la dernière fois et que The Get Up Kids en étaient les rois. Un chouette moment !

Juste après, la Supositor Stage (quel nom) accueille les rois du Trashcore épicé keupon : Iron Reagan. Un petit moment qu'ils n'étaient venu par chez nous, justifiant le monde plutôt conséquent devant la scène. L'autre raison étant que la musique des cinq foufous se révèlent bien mieux en live que sur disques, où elle souffre parfois d'un côté un poil linéaire. Ici, que nini, ça va vite, ça joue carré, c'est rigolo, les titres s'enchaînent à une vitesse folle, le chanteur s'amusant à tenir les comptes assez régulièrement. Pas le temps de s'ennuyer, quelques tubes, tel le très efficace "Fuck The Neighbours" et le groupe s'en va sans qu'on ait eu le temps de dire "ouf". Un des pics de coolitude du fest, assurément.

Plus tard, Ange s'installe gentiment sur la Massey Ferguscène (quel nom bis) et c'est parti pour un voyage assez loin des terres métalliques, vers un passé foisonnant où le groupe mené par Christian Décamps était très haut placé sur le trône du prog à la française. Le groupe n'ayant jamais arrêté de tourner et sortir des disques, nous découvrons beaucoup de choses que nous ne connaissions pas et le chanteur impressionne la foule par sa voix toujours magique et sa présence ultra charismatique. Quelques moments de grâce plus tard, on sort de sous la tante sonnés et émus. Un concert vraiment spécial, au milieu du bruit et (bientôt) de la boue ! Toutes les générations s'étaient données rendez-vous sous la tante, pour voir si la bête bouge encore, et la réponse est plus que oui. Rappelons qu'Ange a sorti son premier disque en 1972, il y a 47 ans !! Une vie de musique et un concert d'une générosité rare. J'ai versé ma petite larme (pas la dernière du weekend), c'est dire.

Puis, tout à coup, Magma. Je n'avais jamais eu la chance de les voir, alors que le groupe fait partie de ceux que j'écoute depuis que gamin j'ai mis le doigt dans l'engrenage de la grande machine de la musique qui fait du bruit. Imaginez donc mon émotion, de voir, pas très loin de moi, Christian Vander finir de s'installer. Et pensez au fait que l'an prochain, le groupe fêtera ses 50 ans. Sinon, que voulez-vous que je vous dise ? Le concert était parfait. Magma était révolutionnaire en 1970, il l'est toujours aujourd'hui, après 50 piges passées sur un trône que nul n'a jamais pu lui prendre. La raison ? Personne n'a jamais boxé dans sa catégorie. Magma est plus fou, plus unique, plus technique, plus musical, plus rythmique, plus dense, plus magique, plus tripant que tout ce qui a été produit en France en cinq décennies. Et ils ont ouvert la voie à tout le monde. Tout simplement. Et donner des concerts comme celui-ci, après tout ce temps, n'est rien d'autre que la preuve du génie, et d'un type particulier, celui qui ne se dément jamais. LE concert du festival.

Le dernier concert du vendredi sera pour nous NOFX. Un groupe que j'adore (si, si) et que j'ai toujours envie de revoir, encore et encore, bien qu'ils soient de plus en plus rares en France. Sauf que. Mais. Alors bon. Oui... Non ! Je savais que Fat Mike aimait faire le con, qu'en festival, le groupe s'amusait surtout à tout faire sauf de la musique, mais là... Non. Alors oui, dès qu'ils jouent, c'est toujours aussi bon, oui, le groupe est encore une machine à tube punk mélo. Oui, c'est rigolo les blagues et les cascades. Oui, mais non. L'équilibre habituel conneries/musique n'était pas de la partie, tout était brouillon, bordélique. Trop bordélique, sentant le foutage de gueule.

Jour 2 : Et de la boue, sortit un Golem.

Plutôt que de passer notre vie dans la boue, mes camarades de chantier et moi-même avons préféré dormir et profiter d'un peu de confort. C'est ainsi que nous ne sommes arrivés que vers 19H20 sur le site pour profiter, frais et dispo, d'un concert de Sólstafir plutôt pas mal du tout, plein de tubes et d'émotions, même s'il est flagrant que les morceaux les plus récents sont bien faibles comparés à l'époque bénie des trois précédents albums. L'absence du batteur originel se faisant cruellement sentir. Un bon concert tout de même.

Dopethrone est tout ce dont vous avez besoin si vous aimez le gras, le sale, le sludge. Par contre, si vous aimez avoir avec ça, un minimum de finesse, un soupçon de quelque chose qui fasse la différence, il faudra repasser. Beaucoup trop de sauce, beaucoup trop d'épices, la recette est extrême, mais, au milieu d'un champ de boue, elle passe assez agréablement. 

On ne vous parlera pas ici de Trust, parce qu'on a eu d'autres choses à faire que d'aller les voir. Étonnant, tout de même, qu'un groupe comme celui-ci existe toujours, capitalisant éternellement sur les trois mêmes tubes, n'ayant rien produit de décent depuis des décennies.

Puis vint EyeHateGod et le Golem se mit à marcher. Le groupe de la Nouvelle-Orléans fait partie de ceux qui ont défini un genre, l'ont fait évoluer, perdurer et profitent de chaque concert pour remettre leur titre en jeu, tout déballer et exhiber fièrement leurs entrailles. Dans chaque genre, sous chaque étiquette qu'on utilise pour cataloguer la musique, se cache trois ou quatre groupes maximum qui sont au-delà de la comparaison. Il suffit de les voir sur scène, n'importe quand, cela se vérifie à chaque fois, pour se rendre compte qu'ils sont hors des modes, qu'ils portent une musique qui dépasse toutes les autres. Ils ne sont pas simplement talentueux, il s'exhale de leurs concerts quelque chose de plus, de différent, de magique et d'inquantifiable qui les rend uniques. EyeHateGod est clairement de ceux-là. Et ce concert nous l'a encore une fois rappelé. Un must de cool, de haine et de catharsis.

Jour 3 : Vieux trash über alles.

Après deux jours passés dans la boue, un peu de soleil se mit à faire sécher les cœurs et les esprits, le festival pouvait se terminer tranquillement avec, semble-t-il, beaucoup moins de monde (certains ont dû difficilement survivre au camping).

Je rêvais de voir Voivod depuis longtemps, depuis Jason Newsted (oui, j'ai grandi avec Metallica, c'est ainsi, on n'y peut rien), depuis que la passion de la SF m'a fait découvrir ce groupe par le biais de leurs pochettes d'albums absolument folles. Je n'ai pas été déçu, et cela m'a donné envie de me plonger plus avant dans leur discographie si originale. Voivod s'est inventé son propre genre, sa propre façon de faire, et le concert de ce dimanche après-midi nous a rappelé que l'humilité et la classe sont des critères grâce auxquels on reconnait les plus grands. Un des grands concert de cette édition.

Sacred Reich, cinq jours avant la sortie de son premier disque en vingt-trois ans, est venu nous rappeler pourquoi il était toujours debout après tout ce temps. Du trash efficace, brute, mélodique, et un sens du cool, des interventions entre les morceaux à l'opposée de ceux qui essaient de jouer les gros méchants. Un concert aussi joyeux que la musique était écrasante de rigueur. Des tubes, partout, et des nouvelles compos qui tiennent plus que la route. Une raison de plus de se jeter sur le nouveau bébé, Awakening, album d'un retour discographique qu'on n'osait plus espérer.

Napalm Death, oui, alors, bon, comme ça, après trois jours, de loin. Oui, oui, c'est toujours Napalm Death, ils ont tout inventé, ils ont tout traversé, tout essayé, ils sont toujours là. Barney tient toujours la boutique en donnant l'impression que sa vie en dépend. Il faut les avoir vu une fois dans sa vie ? Sûrement. C'est un classique, une référence, une borne. Mais, avec la fatigue, vue de loin, pas grand chose.

Cet article était garanti sans Gronibard et sans Henri Dès ajoutés.

Si toi aussi tu voudrais que l'été perdure inlassablement, sois cannibale !

9 novembre 2018

Love and Mercy


  Quoi de mieux que l’arrivée de l’automne pour un nouveau disque du Thalia Zedek Band ? FightingSeason est sorti en plein milieu du mois de septembre et, autant le dire tout de suite, toutes nos attentes sont comblées par cette collection de chansons aussi lyriques que sensibles à leur époque.

Eve, le précèdent disque du groupe semblait avoir atteint une quasi perfection formelle, le nouveau reprend le même schéma mais en y ajoutant de la rage. Attention, Fighting Season n’est pas un disque engagé, fort heureusement d’ailleurs, mais plutôt de ceux qui font le constat de la nécessité de se tenir debout face au monde qui nous entoure. Il commence très haut dans les sphères mélodiques avec « Bend Again » et son solo signé J Mascis. Un titre qui nous rappelle simplement pourquoi nous aimons tant madame Zedek et nous replonge dans ces sons de guitares si particuliers, chargés d’une émotion jamais feinte. « What I Wanted » nous marque par son refrain tout en répétitions et cette guitare traînante, si facilement reconnaissable.

« Fighting Season » est un des titres phares du disque éponyme, tout y paraît simple, presque facile, avec ce texte réduit à l’essentiel, mais si fort. Et puis, la chanson s’emballe, un tourbillon de roulements de caisse claire et du violon nous transportent vers les sommets d’un disque déjà marquant au bout de trois morceaux.  « Of The Unknown » et « Ladder » creusent le même sillon : mélodies, chant sur le fil.

« War Not Won » est certainement l’autre sommet du disque. Rien d’autre que la voix de Thalia, une guitare, quelques notes de piano et de violon et la magie opère. Une très grande chanson d’où s’élève une lumière qu’on ne trouve nulle part ailleurs que dans les mots et la voix de Thalia Zedek. « The Lines » est plus tendue, rappelant presque E, l’autre formation actuelle de la chanteuse, tout aussi indispensable. Le disque s’achève par « Tower », qui, commençant par quelques notes de guitares accompagnant la voix, s’envole sur les refrains vers plus d’électricité.

Ce nouveau disque du Thalia Zedek Band n’est pas une confirmation mais simplement une nouvelle preuve car cela fait longtemps (et beaucoup de disques) que nous connaissons l’immense talent de la dame. Il suffit de la voir sur scène, comme plus tôt cette année lors d’une tournée européenne solo, pour être touché par la grâce d’un songwriting en communication directe avec les anges. Plutôt rare, non ?

Ramasse des châtaignes et sois cannibale !

15 septembre 2018

Motocultor 2018


Comment parler de trois jours dans la poussière et le bruit, la bière et les saucisses, le temps qui se distord et le ciel toujours bleu ? Comment dire la joie de l’enfant qui sommeille en moi et qui rêvait de voir certains groupes depuis l’adolescence ? Tentative incertaine pour un rapport forcément subjectif d’un festival de Metal.

Il y avait cette année pas vraiment de têtes d’affiche qui me parlaient. L’alternance des scènes a fait que la plupart du temps, nous ne passions par la Dave Mustage que par curiosité, pour dire « Tiens Cannibal Corpse » (fatiguant), « Tiens, Nasheville Pussy » (oui, oui, pourquoi pas), « allons jeter un œil à Ultra Vomit » (à la limite du gênant). Nous avions ensuite du temps pour boire un verre ou d’aller devant les autres scènes y attendre des choses plus consistantes.

Le vendredi, le soleil tape sur la Supositor’s, quand nous arrivons, c’est Nesseria qu’une petite foule attend. Le groupe ne m’a jamais véritablement parlé sur disque, mais là, c’est autre chose, son très bon (dans l’ensemble ce sera le cas tout le weekend), sourires constant, bonne humeur, violence. Ce qui n’est pour nous qu’une mise en jambe annonce du très bon. Ça y est, on y est. Le reste de la journée n’est qu’une promenade, faite de bières et de discussions sur le site du festival, vraiment chouette, petit, bien pensé. Quand le soir arrive, on se retrouve devant Myrkur, que j’étais très curieux de voir enfin sur scène, son dernier LP tournant chez moi régulièrement. La dame ne déçoit pas, impressionne plutôt par son chant d’une richesse folle, sachant monter très haut sous le chapiteau de la Massey Ferguscène. Un concert perturbé par de léger soucis techniques qui n’entament en rien le charme de ce Black Metal  pas tout à fait comme les autres. Encore un petit peu d’attente et nous sommes devant l’équipe technique des Young Gods. Un groupe assez rare depuis quelques temps, que j’adore et que je n’ai eu l’occasion de voir que deux fois auparavant. L’excitation est donc à son comble quand les trois suisses arrivent sur scène. Incroyable concert, comme toujours, les Young Gods dégageant une chaleur sur scène qui touche au sublime. Une setlist parfaite mais un concert qui me semble, forcément, trop court. Un des sommets du festival, assurément. La fatigue du voyage se fait sentir, direction dodo.

Le samedi a été pour moi le jour le plus intense, beaucoup de groupes que j’attendais, aucune déception, un temps idéal, pas trop chaud. Le pied. On arrive, malheureusement, à la fin de Hangman’s Chair, mais le peu que l’on en a vu a fini de nous convaincre de l’incroyable talent de ce groupe parisien aussi original que puissant. Un chanteur impressionnant, une rythmique d’éléphant sur le retour mais à qui on ne peut plus la faire à l’envers, une présence sur scène qui en impose de façon assez bluffante parce que semblant couler de source. Très frustré d’avoir raté le début mais, que voulez-vous, il faut bien dormir. Direction ensuite la Supositor’s, pour le groupe que j’attendais avec le plus d’envie : Blockheads. Pour moi, un des tout meilleurs groupes de Grindcore toutes époques confondues. Et dire qu’ils ne m’ont pas déçu serait une litote. Banane totale, chaleur, poussière, générosité de chaque instant, un esprit punk de vrais passionnés, un son parfait, et cette musique qui fait partie de celles qui constituent les bases de mes goûts musicaux. J’ai même eu la possibilité de faire un câlin au chanteur. Parfait. La surprise du jour, c’est Pelican, un groupe qui sur disque me laisse totalement froid et que j’ai trouvé ici des plus convaincants, malgré quelques soucis de sons (pas leur faute, peut-être). Tenir une scène de festival Metal avec un groupe totalement instrumental me semble être un exploit difficile à réaliser, le groupe le fait avec aisance. Simple et efficace. Puis, la joie de voir Nostromo sur scène, la satisfaction de les savoir revenus pour de bon. Cette brutalité absolument jouissive qui traverse toute l’enceinte entre les arbres de la Supositor’s, cette technicité bluffante, ce Grindcore pas tout à fait comme les autres, technique, chirurgicale. Un des pics de kiff du festival. Plus tard dans la journée, Celeste se fait désirer sur la Massey Ferguscène et a bien raison, le groupe ayant enfin par chez nous la reconnaissance qu’il mérite. Etant maintenant habitué à les voir jouer, la surprise est de taille : de petits changements de mise en scène bienvenus, un son meilleur que jamais et une façon de dérouler tout ça qui en impose comme jamais auparavant. Celeste est au maximum de ses capacités, tient son bidule comme jamais et nous assomme littéralement. Le concert du jour, c’est celui-ci. Et c’est maintenant certain, Infidèle(s) est le meilleur album d’un groupe en permanente progression. Merde, tant de bons groupes français !! Inutile après cela de parler du reste de la soirée, la messe est dite.

Le dimanche ne restera pas comme mon jour favori mais m’a réservé quelques bonnes surprises. J’attendais de voir Cult Of Occult pour me convaincre, leurs albums n’ayant jamais réussi à me faire plus que tendre l’oreille. Eh bien, leur concert était du même bois, violent, plombant, certes, mais linéaire, assez éloigné de ce qui dans le genre sait tout détruire. Tant pis. La surprise de taille du jour fut Stoned Jesus, un groupe qui lui aussi ne m’a jamais vraiment fait sauter au plafond sur disque. Et là, je ne sais pas, cette musique simple et directe, le kiff du stoner en trio, ces trois jeunes types qui tiennent la scène avec sourire et humour, tout était là. Le concert feel good du festival, mais pas non plus un renversement des planètes Stoner non plus, simplement un moment très cool. Ce qui est déjà beaucoup. En prime, un nouveau morceau joué pour la première fois, merci. Sur la même scène, Misery Index m’a étonné par son côté cool et tranquille, ambiance que je n’attendais pas d’un groupe de Death. Rien à en dire de plus, si ce n’est que je suis toujours content de voir un groupe de chez Relapse sur scène, puisque c’est tout simplement le meilleur label américain qui soit. D’ailleurs, Relapse, encore, la dernière claque du festival sera Dying Fœtus qui, là où Cannibal Corpse est chiant comme la lune, se révèle passionnant d’un bout à l’autre d’un set qui, bizarrement, avait lieu sur la Supositor’s. Etrange choix d’organisation, tant le groupe ricain a déplacé les foules. Un batteur totalement inhumain qui joue tout le temps plus vite que tout le monde et qui parfois se met à jouer plus vite que lui-même, un son clean comme un scalpel, une ambiance finalement fun (cet appel au don pour que le groupe puisse fumer sur la route), des musiques d’intro et de conclusion choisies avec soin (Ahahah). Que demander de plus ? Dying Fœtus a inventé le Deathcore (le vrai, celui qui fait se télescoper le Death le plus brutal et le Hardcore le plus violent, pas cette musique pour connards qui est le nouveau nom du Metalcore). Voilà, c’est fini, c’était cool.
Dédicace à Anatole, qui se reconnaitra et qui a été un compagnon parfait.



18 juillet 2018

La Chute de l'empire romain


Aujourd’hui, on cause classique et culte. Botch était pendant quelques années le présent et le futur du Hardcore dans ce qu’il a de plus moderne et inspiré par d’autres genres. Ils étaient de Tacoma et faisaient indiscutablement partie des fleurons du label Hydrahead. On y va ?

Les petits bouts d’chou (j’assume complètement) de Botch jouaient un Hardcore tendance mathématiques appliquées. Ils sonnaient malgré cela bien plus rock’n’roll que, par exemple, Dillinger Escape Plan, surtout en comparaison avec la fin de carrière de ces derniers. En deux albums, quatre splits (dont un avec les Suisses de Knut) et quelques EP, ils ont tranquillement additionné 5 et 7 pour donner vie à une musique chaotique, technique et toujours brûlante. Je me concentrerai ici sur le LP We Are The Romans, sorti en 1999, pic incontestable d’une discographie pourtant foisonnante. Neuf morceaux avec des titres énigmatiques et drôles forment le gros monstre qu'est We Are The Romans, un disque aussi parfait que son artwork est laid.

Quand débute "To Our Friends In The Great White North", on se souvient que la vie n'est pas un long fleuve tranquille et que, si le chaos qui nous entoure a un terrible avantage, c'est bien celui de pouvoir faire naître des albums comme celui-ci. Ça va vite, c'est un poil technique mais on s'en fout, ce qui compte c'est que nous sommes face à un titre passionnant de bout en bout. Il s'y passe beaucoup de choses et, à l'image de l'album entier, Botch nous balade d'un univers à l'autre. Le seul problème (il faut bien qu'il y en ait un), c'est cette production typée de l'époque, qui parfois date le disque dans une époque avec laquelle on peut avoir des soucis. Enfin, question de pinaille.

"Mondrian Was A Liar", quel titre ! Quel brutalité ! Une batterie qui nettoie partout, même dans les coins. "Transitions From Persona To Object" (toujours cet art du titre parfait), plus mathématique que l'Identité d'Euler avec son riff vrille et sa structure en aller-retour. "C. Thomas Howell As The "Soul Man" gagne tous les points, simplement par la grâce d'un passage tout con à la basse à mi-parcours. Et comme si ça ne vous suffisait pas, le morceau prend après une direction mélodique et d'une tenue de route parfaite. Quel talent, mes enfants !! On passe la moitié du temps réglementaire sans s'être rendu compte qu'on avait enfilé son maillot, c'est tout bêtement qu'on est content d'être là et de se faire balader sans savoir trop où.

"Saint Matthew Returns To The Womb" est aussi court qu'il est magique, sans doute le titre instantané de We Are The Romans, un tube. Et ce break de batterie vers une minute et trente secondes, il vaut mieux pour vous que je n'en dise rien, la bonne nouvelle étant que je n'ai plus mal au dos. "Frequency Ass Bandit" est sans doute un poil plus autoroutier, pas ma favorite. Même si à la fin, bon, quand même, oui... "I Wanna Be A Sex Symbol On My Own Terms" vous fera zouker toute une semaine, votre colonne vertébrale à la main tel un lasso, quel groove ! C'est déjà fini avec "Man The Ramparts", les jeux sont faits, la fin sera lente et douloureuse, tout bonnement pour vous montrer que Botch savait tout faire. Effet secondaire : vous habitiez au premier étage et vous voilà partageant un loft de cinq mètres sous plafond avec votre voisine du dessous. Après cela, Botch allait se révolutionner tout seul comme un grand sur le EP An Anthology Of Dead Ends, mais ça, c'est une autre histoire.

Ne parlez plus à votre ostéopathe, soyez Cannibales !

5 juillet 2018

Trois Huit

Boom ! Aujourd’hui, on parle du meilleur super-groupe de la planète. On parle de E, on parle de Negative Work. E, Thalia Zedek (Come, Live Skulls, etc), Gavin McCarthy (ex Karate) et Jason Sanford guitariste de Neptune. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait rêver. Le premier Lp était déjà excellent, alors, quid, quid, oui quid de celui-ci ?

Le disque s’ouvre avec « Pennies », titre chanté par madame Zedek, mélodique, entêtant et complètement addictif. La guitare de Sanford tournoie, sirène hurlante. Je peux vous le dire tout de suite, ça sera comme ça jusqu’à la fin. « The Projectionist » garde le cap, se fait mathématique, avance avec aisance vers quelque chose de plus hypnotique. Thalia Zedek et Sanford s’y partagent le chant. Il est à noter que jamais E ne sonne comme la réunion de trois entités, Negative Work fait montre d’une réelle cohésion, on écoute ici la musique d’un véritable groupe. Un groupe où une alchimie est clairement présente.

« Poison Letter », je n’ai rien à en dire, il suffit de l’écouter. Ma petite préférée. Si cela ne vous fait aucun effet, je ne peux rien pour vous, peut-être n’aimez-vous tout simplement pas la musique, ce qui n’est pas si grave. Mais cette voix, encore et toujours, ces guitares qui savent aller et venir, feu et glace. Et ce jeu de batterie si particulier, tout en roulements. Enfin, je vous ai dit, je n’ai rien à en dire. « A house Inside » est chantée par Jason Sanford. Il nous susurre à l’oreille, puis sa voix s’emporte et rend ce morceau passionnant.

« Down she goes » arrive avec ses guitares entremêlées et sa rythmique lancinante. Un titre peut-être plus abrasif mais qui, avec le temps, se révèle et emporte tout. On est déjà à la moitié du disque, tout est parfaitement à sa place et un constat s’impose : Negative Work est plus varié, plus abouti que le premier disque de E. Je ne pourrais pas vous quitter sans vous parler de « One In Two », ses guitares mélancoliques qui se mélangent jusqu’à exploser quand la batterie arrive, ce martèlement. Et la voix de Thalia Zedek. Pourquoi ne saoule-t-on pas les masses avec cette voix ? Pourquoi n’est-elle pas partout ? « Hole In Nature » se fait velours (enfin, un peu râpeux tout de même), la voix de Sanford nous grise, encore un morceau parfait, encore un. « Hollow » vient conclure le disque comme il avait commencé, avec cet alliage précis (et précieux) de mélodies et de coups de boutoirs. Et ce refrain, mes petits, ce refrain. Voilà, la leçon est terminée. Negative Work est un grand, très grand disque.

Vous l’aurez compris, ce disque fait l’unanimité entre moi, moi-même et je, j’ai même quelques amis qui n’en reviennent pas, c’est vous dire. E est également une vraie expérience à vivre en concert, un truc sans fioritures aucune, mais qui vous traverse et vous avale. Une musique sincère et passionnée, passionnante.

On a chaud, on est bien, on est Cannibales !

24 octobre 2017

Coup de torchon

Ceci est une nouvelle rubrique. Il paraît que dans la vie, il faut être capable de mettre aussi des mots sur ce qu’on n’aime pas et, dans le meilleur des cas, de le faire intelligemment, de savoir expliquer. Il ne suffit pas de dire « j’aime pas la soupe » pour s’en priver, mais d’au moins rajouter qu’elle est tiède, ce qui a le mérite de certifier qu’on l’a goûtée. Donc, régulièrement (chaque mois si le réveil sonne), un disque, ou deux, ou cinquante, seront listés ici-même avec un petit commentaire.

Pour essuyer les plâtres, on commencera avec le dernier Mogwai, Every Country Sun.

Mogwai, c’est un peu comme les pâtes, on peut en manger tous les jours pendant des années mais un jour, c’est fatal, aucune sauce, aucune épice n’y peut rien, on en a un peu ras-le-bol. On arrête alors pendant un certain temps et puis, un jour, on se dit que, tiens, ça ne serait pas si mal d’écouter Mogwai. Et c’est toujours aussi bon. Parce qu’il faut bien l’avouer, Mogwai a tout inventé d’une certaine sorte de post-rock, instrumental, doux-amer, violent-calme. Oui, mais voilà, le nouvel album, pas forcément mauvais, n’apporte que peu de pierres à un édifice déjà terriblement solide et haut de neuf long formats (sans compter la quantité de B.O, de live et de EP). Et si Mogwai sait toujours mieux que personne soulever des masses d’émotions et faire naître des images mentales, on pourrait souhaiter que de nouvelles choses se produisent, que Mogwai évolue plus vite qu’à très petites touches, qu’il recommence à jouer avec des guitares, beaucoup de guitares, ces dernières étant de moins en moins présentes depuis Hardcore Will Never Die, But You Will. Le dernier tiers du disque dément un peu cela mais un peu tard et de façon relativement académique.

En 2013, sur la Bande-originale des Revenants, tout semblait nouveau alors qu’on reconnaissait toujours la pattes de Mogwai. Tout semblait aussi possible pour la suite. Aujourd’hui, ce côté électro post-rock un peu anonyme, même s’il est souvent de très bonne facture, ne semble pas aussi marquant que Mogwai a pu l’être bien des fois et, finalement, de bien des façons.
La gêne de Calimity n’est cette fois-ci pas trop forte mais il faudra bien finir par faire quelque chose, au risque de la lasser totalement.


« Il y a souvent plus de stupidité que de courage dans une constance apparente ». Rousseau


Sois Cannibale

7 septembre 2017

Fire Walk With Me

J'ai fini Twin Peaks hier. J'étais un peu triste mais surtout soufflé. C'est de loin, de très loin, l'objet télévisuel le plus jusqu'au-boutiste et extrême que j'ai vu de toute ma vie. C'est au-delà de tout, angoissant, violent, drôle, certes, mais très expérimental, porté par des effets spéciaux moins réalistes qu'oniriques et esthétiques, avec un côté rétro nous rappelant les premiers effets numériques.

Et puis l'histoire, dix-huit heures d'errance à travers les Etats-Unis partant dans des dizaines de directions mais réussissant à nous porter parce que Lynch sait faire naître la certitude qu'il sait ce qu'il fait et où il va même si, peut-être, ce n'est finalement pas le cas. Réussir à faire regarder à la télévision une série avec des épisodes entiers sans dialogues et sans histoire, savoir se baser tour à tour sur l'image et son pouvoir ou et sur une chronologie inédite puisque ayant commencé il y a plus de vingt-cinq ans, quel exploit !! Pourtant, rien n'est jamais acquis, on se demande souvent ce qu'on est en train de regarder et si la série répond à de très anciennes questions aujourd'hui ancrées dans la culture populaire, elle en pose des dizaines d'autres. La fin n'est pas une fin alors qu'on sait qu'il n'y aura plus de suite.

Malgré cela, malgré la frustration d'une attente non comblée, on sort de ces dix-huit heures comme d'un songe fascinant qu'on peine à s'expliquer. Le mystère Twin Peaks n'a jamais été aussi dense, les réponses apportées aussi satisfaisantes soient-elles ne sont que des images de surface derrière lesquelles de nouveaux labyrinthes de questions se creusent. David Lynch et Mark Frost ont réussi à rendre hommage à leur bête polymorphe tout en concassant leur jouet et les attentes des fans. Là où, il y a vingt-cinq ans, l'oeuvre jouait avec les codes des séries en changeant définitivement la face de la fiction télévisuelle, cette dernière saison change ce qu'est Twin Peaks et tout ce qu'on pouvait en attendre est révolutionné. Quand on se souvient que la presse craignait le fan service et le ramollissement, Lynch n'a ni fait cela ni tenté de révolutionner le monde des séries mais a utilisé son bébé comme une balle rebondissante (spolier), s'amusant de l'infinité des possibles que la bête Twin Peaks portait en embryon. Avec moins de 300 000 téléspectateurs devant leur poste pour chaque épisode, la série est à la fois un échec et le plus inestimable cadeau que le réalisateur pouvait nous faire : n'écouter que son envie et donner libre cours à son exploration d'un univers multiple qui restera le plus infini cauchemar que la télévision nous ait offert.


Pour la rentrée, sois cannibale !

1 juin 2017

Le Lit est dans l'océan

Et puis un jour, Karate.

Il y a des groupes très rares, de ceux qui portent en eux une certaine magie. Chez certains, cette magie se mérite et se révèle au bout d’un quasi parcours du combattant avec, à l’arrivée, la satisfaction de comprendre et d’apprécier quelque chose de supérieur, à la beauté complexe. Et puis il y a ceux, peut-être plus rares encore, dont la magie apparaît instantanément, comme une évidence, sans jamais faiblir, constante dans chaque note, à chaque écoute. On les découvre et ce qu’on entend apparaît tel que chez ceux qu’on aime et qu’on écoute depuis toujours. Ils font tout de suite partie de nous. Karate est de ceux-là. Il y a quelques semaines, j’ai écouté un disque d’eux presque par hasard. Beaucoup de disques tournaient chez moi et d’un coup, il n’y eu plus rien à faire, il n’y eu plus que Karate.
On pourrait dire d’eux que c’est un peu Pinback en plus lo-fi ou 31 Knots en moins mathématique, mais on aurait finalement rien dit. Sur leurs trois premiers disques, une certaine orfèvrerie pop vous fait de l’œil pendant que la complexité rythmique s’occupe de rendre chaque morceau assez dense pour être toujours passionnant. Le tout a souvent des tournures rappelant la sécheresse d’un Fugazi tout en étant capable de vous balader sur les terres du jazz le plus aventureux. On pense aux vieux Tortoise au détour d’une intro et on finit par comprendre que Karate est beaucoup plus que la somme de ces petites choses qui nous en rappellent d’autres.
Sur In Place of Real Insight et The Bed is in the Ocean, deux pics de leur discographie, chaque riff, break ou mélodie de chant semble parfaitement à sa juste place, tout semble couler de source et il n’y a jamais rien de trop, aucun remplissage. Les deux disques apparaissent alors comme touchés par la grâce, celle d’un rock indé à la modestie artisanale, ouvragée. De la magie. Puis, on réécoute, on s’habitue, on attend telle cassure, telle phrase chantée en début de morceau (« On Cutting », sublime), on prend ses aises et cette collection de morceaux devient un labyrinthe duquel on a appris à toujours savoir sortir mais dans lequel on aime à courir, jouer à se perdre. On se demande alors : comment c’était la vie sans Karate ?


On se met tous au Karaté, on est tous cannibales.

15 mars 2017

Near Death Experience

Il était une fois un type que je pensais être un musicien parmi d'autres, pas forcément sans talent mais noyé dans la masse et puis un jour j'ai écouté sa musique (on est con des fois...). Ce type c'est Emil Amos et aujourd'hui je gratte sur Holy Sons, son bébé solo. 

Si vous avez déjà eu l'impression, en écoutant un disque seul le soir, que quelqu'un s'adressait à ce que vous avez de plus intime en vous, l'enveloppait de sons pour le protéger et le tenir bien au chaud, vous avez de la chance. Quand j'ai écouté un disque de Holy Sons pour la première fois, je me suis tout de suite senti non pas chez moi, mais en moi-même, jusqu'à parfois sentir cette musique, cette voix, atteindre des régions insoupçonnées de mon espace mental, allant chatouiller mes synapses et les réveiller en leur chuchotant des choses qui font du bien. Je n'arrête pas de le dire ici mais c'est un des miracles de la musique que cette capacité, sans cesse renouvelée, à nous émouvoir. Et l'oeuvre de Holy Sons est assez vaste et possède assez de recoins pour nous tenir par la main pendant de longs mois.

Jetez-vous sur I Want To Live A Peaceful Life, la porte d'entrée idéale vers ce folk un peu Lo-Fi (Emil Amos y joue la totalité des instruments), un peu psyché mais jamais trop. Il y déroule des mélodies qui font fondre notre environnement direct pour nous faire entrer dans une musique qui paraît toujours simple mais est touchée par une grâce venue de derrière les choses. C'est la grande qualité des compositions du sieur Amos, ce côté psychédélique un peu lointain, toujours au service d'une narration folk parfois très sombre mais toujours habitée. Ecoutez "Family Man", prenez le temps de vous y arrêter et vous verrez qu'on touche ici à un pouvoir rare, à une dimension spirituelle de la musique telle qu'on la trouve dans le meilleur du grand (du très grand) Neil Young. 

Il me faut aussi parler de Decline Of The West, le disque suivant, fait de morceaux sonnants peut-être un peu moins folk du fait d'une boite à rythmes omniprésente, mais certainement pas moins habités. Les mélodies de chant se font ici plus travaillées, l'orchestration plus pop et le disque dans son ensemble est plus varié. Avec ces deux disques, on possède déjà le Graal mais on ne doit pas pour autant se priver de Survivalist Tales, The Fact Facer ou du dernier né In The Garden. Ils ont tous quelques petites choses précieuses à offrir. Amen.

"Sur le plan spirituel, toute douleur est une chance; sur le plan spirituel seulement." Emil Michel Cioran

Y a-t-il autre chose à faire qu'être cannibale

29 décembre 2016

Slacker, A top model for 2016

Avec amour mais dans le désordre :

-Aluk Todolo : Voix
-Swans : The Glowing Man
-Tortoise : The Catastrophist
-Cult of Luna/Julie Christmas : Mariner
-Rêche : Rêche
-Vektor : Terminal Redux
-Subrosa : For This We Fought The Battle of Ages
-Horseback : Dead Ringers
-Brain Tentacles : Brain Tentacles
-DIllinger Escape Plan : Dissociation
-Candiria : While They Were Sleeping
-Super Unison : Auto
-Venomous Concept : Kick Me Silly VCIII
-Gorguts : Pleiades Dust
-Mike and the Melvins : Three Men and a Baby
-Zhrine : Unortheta
-NOFX : First Ditch Effort
-Thalia Zedek Band : Eve
-Michel Cloup Duo : Ici et Là-bas
-Papier Tigre : The Screw
-Deathspell Omega : The Synarchy of Molten Bones
-Blut Aus Nord/Aevangelist : Codex Obscura Nomina
-Antaeus : Condemnation
-Bölzer : Hero
-Khemmis : Hunted
-Violent Magic Orchestra :Catastrophic Anonymous

Rééditions :

-White Zombie : It Came from NYC
-Blonde Redhead : Masculin-Féminin

Concerts :

-Aluk Todolo à l'église Saint Merry
-Clutch au Trianon
-David Gilmour au château de Chantilly
-Shellac à la Gaité Lyrique
-Tortoise à Villette Sonique
-Unsane à Main d'Oeuvre
-Subrosa à l'Espace B

Films :

-La Fille Inconnue
-Midnight Special
-Premier Contact
-Café Society
-Elle
-L'Avenir

3 décembre 2016

Il était une fois en Amérique

A-t-on besoin d'autre chose, à l'approche des fêtes de Noël, que de dope, de flingues et de faire des câlins dans la rue ? Aujourd'hui, nous parlons de Dope Guns 'N' Fucking In The Streets, la mythique série de 7 pouces d'Amphetamine Reptile Records, récemment rééditée sur un double CD rempli raz la gueule.

Pas moins de 47 groupes et autant de titres pour ce jalons des 90's, des noms aujourd'hui incontournables tels que Mudhoney, Melvins, Jesus Lizard, Today Is The Day, Helmet, Jawbox, Unsane et Chokebore. Des choses un peu moins connues mais tout aussi folles : Tar, Calvin Krime, Steelpolebathtub, etc. Ainsi compacté sur deux disques, on s'en rend compte que tout cela forme la crème du rock indé ricains (mais pas que) de la décennie fluo (oui, c'est un terme sociologique).

Tout à fait objectivement, "Basement Life" de Superchunk, "Lotion Pocket" de GodHeadSilo et "Fight Song" de Calvin Krime justifient à eux seuls l'intérêt de l'ensemble. Mais la totalité des groupes présents sont une photographie d'une certaine idée du rock indé, un peu noise et un peu fou fou. On passera sur le packaging de pingre, avec rien d'autre que la liste des morceaux (truffée d'erreurs) dans un boitier bien cheap car le plaisir d'avoir tous les volumes de la série dans un seul et même disque est une bonne alternative pour les collectionneurs fainéants.

Mets des disques sous le sapin et sois cannibale !

8 octobre 2016

Légendes d'automne

Au moment étrange et douloureux de dire adieu à l’été, au soleil et aux heures passées en terrasse ou dans des jardins chauds, quand sonne la rentrée et l’arrivée inexorable du froid et de l’automne, quoi de mieux qu’écouter du bruit, de la musique sérielle, concrète ou acousmatique ? Plongeons nous alors dans la phénoménale et incroyablement riche compilation An Anthology of Noise & Electronic Music, offerte à nos oreilles par le généreux label belge Sub Rosa entre 2002 et 2013.

Pas moins de sept volumes répartis chacun sur deux disques (trois pour le septième) et un classement complètement foutraque puisque revendiqué comme étant a-chronologique. 176 morceaux pour autant d’artistes, chercheurs, groupes et exploreurs des limites du son les plus brutes et expérimentales pour une période explorée allant de 1920 à 2012. Ajoutons à cela des livrets épais, remplis de notes et d’extraits d’interviews et nous voilà en présence d’une des compilations les plus riches et variées sur ce vaste sujet qu’est la musique quand elle se débarrasse totalement de ses oripeaux commerciaux et populaires.

Effectivement, il ne pourra pas être question ici de danses ou de ritournelles, à tout le moins la recherche sonore ici fêtée pourra être pour vous l’illustration parfaite à la rêverie, au sommeil agité ou à peupler vos longues nuits d’automne de bruits supraterrestres et de complaintes toutes droit sorties des arcanes de machines folles. Tous les noms connus sont présents : Pierre Schaeffer, Einsturzende Neubaten, John cage, Sonic Youth, Cabaret Voltaire, Henry Cow, Daniel Menche, Steve Reich, Olivier Messiaen, etc. ainsi que beaucoup d’autres. La plupart des pièces présentées ici sont rares, introuvables ou inédites et le voyage, d’un saut dans le temps à un autre, est riche en découvertes, entre sonates atonales, bruits blancs, techno désossée et trips cosmiques. Paroles est ici donnée, toujours dans le désordre, à toutes les écoles et tous les genres que la musique expérimentale compte en son sein. On ne peut que s’y perdre pour y revenir et lentement, s’y faire une petite place, fort des connaissances ici archivées, aussi bordéliques soient-elles. Il est tout de même recommandé de se laisser porter et d’être prêts à la surprise, car elle est ici la seule norme.


« Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le. » John Cage.

Et s'il était agréable le bruit de l'automne ? Sois Cannibale. 

3 octobre 2016

Les Années

En ce mois d’avril mouvementé, Michel Cloup Duo sort son troisième LP, Ici et Là-bas. Je me précipite pour en dire du bien, tant je suis surpris par le bond effectué depuis Minuit dans tes bras.
J’aimerais, pour une fois, ne pas parler de chaque morceau individuellement et laisser la joie de leur découverte intacte, car chacun d’eux la mérite amplement.
Il faudrait dire d’abord que ce disque est plus long, plus varié, synthétisant les deux premiers tout en ouvrant une fenêtre gigantesque sur des choses nouvelles. Michel Cloup détruit ici les murs de son propre terrain de jeu pour nous le présenter à nouveau, plus vaste mais jamais dénaturé. Au-delà de cette réussite, il y a le plaisir simple et chaque fois renouvelé de découvrir un album qui s’adresse directement à ce qu’il y a de plus intime en nous-même.
nous parle de notre époque, de ces désillusions, allant de l’intime à l’universel, illustrant de manière magistrale qu’il n’y a jamais d’individu sans collectif. Ici, on pense beaucoup à ce qu’il y avait de meilleur dans Expérience, cette conscience humaine forte, osons même le dire, politique, ne tombant jamais dans le moralisme et le slogan vide. La politique est ici entendue comme le simple fait de se connaître comme membre d’un tout, d’une famille, d’une ville, d’un pays – mais, encore une fois, en allant plus loin, en gardant ce que la musique de ces deux disques déjà sortis sous son propre nom possède de douceur, de souffle intérieur. Il y a chez Michel Cloup une grâce dans l’écriture, si forte qu’il réussit à tout nous dire en restant pudique.
Comme pour les albums précédents, on plonge dans ce disque comme dans un cocon où l’on aime à se réfugier. La grande nouveauté est qu’il est tourné vers l’extérieur, les autres et notre conscience collective. Comme chez Annie Ernaux, plus que jamais on se retrouve dans une histoire qui n’est qu’à lui et qui nous appartient aussi à tous, parlant du « je » pour le « nous ». Jamais un disque de Michel Cloup n’avait réussi cela de manière si définitive.
On aura attendu longtemps ceux qui allaient taper fort dans la fourmilière du rock en français et, avec ce troisième album du Michel Cloup Duo, on se demande comment la majorité peut être si sourde. On a tant parlé de Diabologum, sûrement à raison, mais vingt ans plus tard, Michel Cloup sort toujours des disques, et quels disques !

Mon âme par toi guérie

Il y a un peu plus de quarante ans, Leonard Cohen sortait une poignée de disques immortels, capables de traverser les abîmes du temps pour venir titiller le cœur de ceux pour qui la musique reste une expérience à part. Ils s’appellent Songs of Leonard Cohen, Songs of Love & Hate et New Skins for the Old Ceremony, ce sont des sortes de phares, des points d’ancrage, des balises qui vous rassurent, vous disant à l’oreille que vous ne serez plus jamais seuls.
Trois albums pour à peine trente chansons, mais de celles qui résonnent n’importe où avec la même force. Dans le dernier film de Nani Moretti, une des premières scènes se déroule au son de « Famous Blue Raincoat » qui vous enfonce dans votre siège pour comme pour mieux vous y installer. Cette chanson est une des nombreuses clés qui ouvrent la porte aux mots de Leonard Cohen, à sa musique parfois si délicate qu’il faut savoir tendre l’oreille pour être capable de réellement écouter. Elle est de la trempe de ces chansons rares, universelles et mystérieuses, qui à chaque écoute vous nourrissent d’une émotion brute, d’une chose qui va bien au-delà de quelques mots sur de la musique. Elle est un voyage intime, un recueillement.
« Who By Fire », « Joan of Arc », « Leaving Green sleeves », la liste pourrait continuer, sont aussi de ces chansons qu’on se doit d’écouter en ne faisant rien d’autre ; il suffit de s’assoir, elles feront le reste. Elles nous transportent dans ce lieu intime, tour à tour froid ou chaleureux, que nous avons tous en nous, là où réside nos espoirs et nos craintes. Elles sont presque nues, sans aucun artifice, mais possèdent la grâce qui fait la poésie avec de simples mots et le savoir-faire mystérieux qui fait l’art avec des outils communs.
Certaines de ces chansons deviennent, avec les jours, avec la vie qui passe, de chauds manteaux dont on habille son âme contre la rigueur de l’hiver, contre l’âpreté du temps. Tout ici, par la grâce d’une voix et de quelques mots posés sur une guitare, réussit l’intense miracle de sublimer le parcours du son dans votre organisme pour parler directement à vos cinq sens, les réveiller et les soigner. Ces chansons-là ne sont pas une drogue mais bien le meilleur des médicaments, de ceux qui redonnent envie de croire. La musique de Leonard Cohen nous parle de ce qui nous traverse le soir, juste avant le sommeil, quand on se sait vivant, plein de nos blessures et de ce qui fait l’envie d’être au monde. Pour cela et pour sa beauté, elle est précieuse comme un livre qu’on voudrait toujours garder auprès de soi.
« And what can I tell you my brother, my killer
What can I possibly say?
I guess that I miss you, I guess I forgive you
I'm glad you stood in my way. »

Ferme les yeux, écoute et sois cannibale.

La Foire des ténèbres

Mieux vaut tard que jamais, un top 2015 pour dire au revoir à une année qu'on a été plutôt content de quitter. Des disques définitifs (Goatsnake), des bons qualitatifs qui frisent la perfection (Sofy Major) et des découvertes qui ne cessent pas de revenir nous hanter (Big Brave).
-Goatsnake : Black Age Blues.
-Steve Von Till : A Life Unto Itself.
-Battles : La Di Da DI.
-Clutch : Psychic Warfare.
-Zombi : Shape Shift.
-Faith No More : Sol Invictus.
-Lou Barlow : Brace The Wave. 
-Built To Spill : Untethered Moon.
-Glaciation : Sur Les Falaises de marbre.
-Oneohtrix Point Never : Garden Of Delete.
-The Saddest Landscape : Darkness Forgives.
-Sofy Major : Waste.
-Big Brave : Au De La.
-All Them Witches : Dying Surfer Meets His Maker.
-Sed Non Satiata/Carrion Spring : Split.

The Network

Nous sommes en 2084, la gauche caviar radicale gouverne la planète d'une main molle et poisseuse et The Fall sort Sub-Lingual Tablet, son trois millième album. Et c'est un tour de force parce que Mark E Smith commence à être vieux, très vieux. Mais que voulez-vous, on ne change pas, il a encore la haine qui lui chatouille affectueusement la langue.
Bon, soyons raisonnable puisqu'en réalité The Fall n'en est, seulement, qu'à trente disques studio et des poussières, une petite discographie tout ce qu'il y a de plus modeste. Généralement, quand on se retrouve devant un groupe aussi productif, on finit par être devant une oeuvre dans laquelle il y a à boire et à manger. The Fall est clairement de ceux-là, semant ici et là des albums oubliables ou clairement chiants, mais l'histoire nous a montré qu'il fallait guetter chacune de ses sorties, n'étant jamais à l'abri d'une très bonne surprise. Et profitons, mes frères, car le dernier prêche est de haute tenue.
"Dedication Not Medication" déboule avec sa grosse basse hypnotique et ses zébrures (ouais, des zébrures) de synthés noise, puis la voix du petit Smith vient nous punir de son fiel. Nous sommes en 2015 et le Post-punk le plus jouissif est bel et bien vivant. Une fois qu'on sait ça, la bande à Smith peut faire ce qu'elle veut, nous sommes déjà conquis. "Junger Cloth" ne peut que convaincre avec ses deux batteries, cet orgue gentiment anachronique et l'apparition d'une sorte de batucada (oui, t'as bien lu) quand la voix fait son apparition. The Fall concasse du Zouk pour mieux créer la transe. Mark E Smith a tous les droits, il les a gagné en trois décennies de refus des concessions.
"Auto Chip 2014-2016" est le gros morceau de l'album, dix minutes de répétition malmenées par la guitare et la voix qui serpentent dans un dédale Kraut. Sont-ils nombreux les vieux briscards de la fin des 70s a être encore dans le cortège de tête d'un Post-punk qui ose tout ? Un morceau à écouter très fort en chassant les araignées qu'on a tous au plafond.
"Fibre Book Troll" est ma petite préférée, elle est dansante et noise, fourmille de sons. Elle ne cesse de monter jusqu'à ce que Smith vienne la salir un peu plus de sa voix au papier de verre. Le reste de l'album est à l'avenant, répétitif et fou, fielleux, jamais ennuyeux. Au bout de près de quarante ans d’assauts soniques, réussir à nous emballer de la sorte est un exploit, le talent en définitive, rien que ça.
"N'attendez pas le jugement dernier. Il a lieu tous les jours." Albert Camus, La Chute.
Mets la pilule sous ta langue et sois cannibale.

C'était demain

Retour aux affaires après une période sans internet pour cause de déménagement (j'ai toujours de très bonnes excuses (comment ça tu t'en fous ?!)). On parlera aujourd'hui de Untethered Moon, le dernier né de la famille Built To Spill (comment ça "encore Built To Spill" ? C'est le meilleur groupe du monde alors tu vas en bouffer jusqu'à ce que j'ai parlé de toute la discographie... Enfin si j'ai le courage). Bébé est sorti de la maternité fin avril et je peux déjà te dire qu'il se porte comme un charme.
Six ans déjà que le groupe n'avait rien pondu, on pouvait se poser des questions, avoir des craintes, surtout que There is No Enemy, son frère le plus proche, est un de leurs disques qui me parlent le moins. Et là, bim, dès le début de l'album, on a vraiment de quoi être rassuré. Voir même comblé. "All Our Songs" sonnent comme ce qu'on pouvait attendre de meilleur de la part de la famille de l'Idaho (rien à voir avec Etienne) et ce n'est que le début. "Living Zoo" et "Never Be The Same", les deux morceaux dispos sur le net depuis quelques mois me semblent déjà être des classiques. Il font parties de ce que je mettrais dans une compil Built To Spill qu'on pourrait écouter, allongés dans un jardin, buvant des planteurs entre gens de bonne compagnie. Mais je m'égare.
"On The Way" est de facture classique mais assez énergique grâce à son refrain qui donne envie de sourire et c'est tout ce qu'on demande. "Some Other Song" est le genre de chanson que Neil Young aimerait être encore capable de composer, sale et pop, avec un refrain qui chaque fois vous dresse les poils. On est déjà à la moitié du disque et rien à jeter, que du bon, on retrouve un BTS (ahah, BTS) au sommet de son talent. "C.R.E.B" est rigolote avec ses gimmicks de grattes oscillant entre surf et dub (!). "Another Day" a un petit côté rentre-dedans qui fait bien plaisir et devient de plus en plus passionnante à mesure qu'elle se développe. "Horizon To Cliff", c'est la balade de l'album, le morceau pour emballer, le truc qui te fait penser à la fille qui te fait tourner la tête, un morceau sympa mais pas foufou. Si il faut trouver un titre un peu en dessous, ce sera celui-ci. "So" déboule pour te rappeler pourquoi tu adore ce disque, du BTS pur essence, mélodique, chiadé, sale et addictif. Un des titres que j'aime écouter deux fois de suite. Le disque se termine de la plus belle des façons par "When I'm Blind", huit minutes trente de bonheur brut, de solos magiques, un chanson parfaite, versatile, on redemande.
Merde, c'est déjà fini... Mais on a là largement de quoi attendre la suite pendant six longues années. En plus, y a des chats sur la pochette, que demander de plus ?
"De deux choses lune l'autre, c'est le soleil." Prévert
Sors attraper le soleil et sois cannibale !

Everything Will Be Fine

Alors que le nouveau skeud de Built To Spill vient de sortir, quoi de mieux et de plus logique que de parler de You In Reverse, antépénultième album sorti il y a déjà neuf ans ?  L'explication est simple : en attendant fébrilement la sortie du petit nouveau, j'avais besoin de ma dose et c'est You In Reverse qui a su mieux que les autres me la donner. Flash-back !
"Goin' Against Your Mind" fait démarrer cet album de la plus belle façon qui soit, ce titre est gentiment osé avec ses presque neuf minutes et sa batterie gentiment répétitive. Et déjà dans chaque coin, projetées partout sur les murs, des mélodies qui accrochent et cette énergie si reconnaissable. Surtout, il y a cette voix, qui rappelle Neil Young, ce timbre qui plane et fait décoller chaque morceau. Ouvrir un disque par un long morceau n'est pas chose aisé mais ici, tout est tellement bien à sa place, que le morceau file en un éclair et c'est déjà la suite.
"Liar" et son intro sépulcrale. Le titre folk-pop parfait ! Les arpèges magiques et la batterie discrète mais enjouée et cette mélancolie qui transpire dans chaque note. Savoir pondre une pop song entêtante est une chose, mais en faire un morceau qui regarde crânement le temps défiler, qu'on ne peut pas dater, en est une autre. "Liar" a quelques-chose d'universelle, un peu comme certaines chansons des Beatles. J'oserai même dire en mieux que les quatre british, au risque de m'attirer quelques foudres.
"Wherever You Go". La chanson dont je n'arrive pas à me lasser. Dès son début, avec ce riff (qui encore une fois peut faire penser au Crazy Horse de Neil Young) et cette batterie qui ne demande qu'à commencer les choses sérieuses, nous sommes happés. Putain, cette mélodie qui tourne, quel talent de compo ! Une nouvelle fois, Built To Spill sublime un morceau long avec Grace. Et à la fin, ce solo. Écoutez-le, je ne saurai pas vous en parler. Si il n'y avait que ce titre, You In Reverse serait déjà mon album favori des cinq de l'Idaho.
Un autre grand moment de ce LP est "Gone", encore un long morceau, le plus aérien. Une guitare plus bavarde que jamais qui survole le titre de ses longues phrases habitées couplée à une structure presque prog (ouais, carrément). Et ce clavier qui apparaît comme par magie. La chanson monte jusqu'à son dernier tiers pour se défaire lentement. Et voilà, tout simplement, nous n'avons pas besoin d'autre chose.
Vous aurez compris, cet album est incroyable, une trempe de classique, un truc qui restera toujours, un disque qu'on use, inlassablement. Et si je vous disais que le petit nouveau, Untethered Moon, n'a franchement pas à rougir à côté de son ainé ? Vous y croiriez ?
"Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté." René Char.
Fais de la place pour la beauté et sois cannibale !

Mistery Train

Il arrive parfois que l'actualité perde de son attrait et devienne une sorte de boulet qu'on se traîne, dont on s'aperçoit qu'il est finalement facile de se débarrasser. Il faut simplement pour cela tomber sur un vieux disque, un truc qui se suffit à lui-même. C'est un peu un truc de vieux con, surtout quand le disque en question est un album de Folk du milieu des années 80 (!). En 86, Billy Bragg sortait Talking With The Taxman About Poetry. Viens, tu vas adorer (mais si, mais si) !
Dès le début du disque, va falloir que tu t'habitues, c'est les années 80. Il faut faire un petit effort pour s'adapter au son de guitare, qui est très loin du folk à grand-père. Il y a beaucoup d'écho, on pourrait croire qu'on écoute un morceau caché sur un des derniers disques du Clash et ce n'est vraiment pas un compliment. Mais dès le premier morceau, "Greetings to the new brunette", on sait que quelque-chose d'incroyable va nous arriver. C'est une petite chanson d'amour toute bête, mais elle parle déjà de politique, parce que Billy Bragg c'est ça, une sorte de working-class hero qui, de sa voix abîmée d'irlandais, te raconte des histoires de jolies filles et de révolutions.
Si l'album sonne daté, au premier abord d'une façon plutôt négative, quand on entre dans le vif du sujet avec "Marriage" et surtout "Ideology", ce côté un peu kitsch de la production devient la clé d'un voyage et sert totalement la poétique du propos. Nous sommes ici très loin de chez nous, de la musique qu'on écoute ou réécoute en 2015, très loin de la mode d'un Folk si authentique à tout prix qu'il en devient caricatural. Ce côté loin de tout de Talking With The Taxman... en fait un disque passionnant, de ceux qu'on aime à écouter tout bas avant de dormir, parce qu'il possède ce côté autre qui caractérise les rêves.
Enfin, il y a ces chansons, modestes protest songs qui parlent d'unité, d'amour et de révolte, ces arrangements de cordes et ces mélodies qui caressent l'oreille pour ne plus jamais vouloir en sortir. "There is power in a union" donne envie de crier le poing levé, alors que "The passion" et son magnifique texte est de ces chansons qui vous collent à l'âme pour longtemps. La grande réussite du disque est aussi d'être passionnant de bouts en bouts, une chose souvent ardue pour un disque Folk, par la grâce de ces chansons, fortes, arrangées avec soin et toujours magnifiées par des textes intelligents.
Il n'est alors aucun besoin de faire la liste des grands titres qui jalonnent l'album, il suffit juste de parler de "Train train", le seul qui fatigue vite sans être véritablement mauvais. On est alors définitivement conquis par ce disque, qui nous fait chanter fort, la pinte à la main, nous fait réfléchir et nourris cette mélancolie propre aux vieilles protest songs. Un disque finalement totalement intemporel.
"And sometimes it takes
A grown man a long time to learn
Just what it would take
A child a night to learn" "The Passion"
Parle poésie avec ton banquier et sois cannibale.

Santa Sangre

2015 égraine l'air de rien ses journées comme un géant enfilant des perles chronophages, le temps passe vite dans l'atmosphère glacée de cette fin janvier. Il y a quelques mois sortait le dernier album de Blut Aus Nord, le troisième volet de Memoria VetustaSaturnian Poetry. Il ne sera pas question ici de faire une description titre par titre mais simplement, de livrer quelques impressions et donner envie à ceux qui n'ont pas encore écouté, les fous, cet immense disque.
Après une trilogie 777 aussi intense que froide mais parfois décriée comme l'oeuvre d'un groupe commençant à tourner en rond, Blut Aus Nord revient à un Black Metal moins expérimental et industriel en offrant une suite à un cycle commencé il y a maintenant dix-neuf ans. Et quelle suite ! Tout ici va plus loin que dans les deux premiers volumes, offrant une musique aussi complexe qu'aérienne et dont le résultat est un disque dans lequel on se plonge avec délice et admiration pour ses lieux qu'il fait naître en nous, par la grâce d'un black metal versatile et dense, tellurique.
Ce disque immense, dépassant tout ce qu'on pouvait attendre de Blut Aus Nord, allant plus loin qu'aucun autre de ses albums et transcendant le genre auquel on le rattache, est une porte autant qu'un abîme, une clé autant qu'un verrou sur l'oeuvre déjà si riche d'un groupe qui avance à chaque album pour dépasser ses propres sommets.
Sont-ils si nombreux les disques qui savent nous enlever de notre environnement et nous déposséder de nos préoccupations pour nous faire voyager ailleurs, dans le temps et l'espace ? Certes non, et si Saturnian Poetry est de ceux-là, il va plus loin encore, en redéfinissant (une nouvelle fois) les codes du Black Metal et en offrant un disque finalement accessible, aux dimensions universelles. Au final, on tient un disque dont on n'a pas fini de découvrir les subtilités, dans lequel il est si agréable de se laisser tomber, encore et toujours, pour mieux l'apprendre et découvrir qu'on ne le connaîtra jamais tout à fait.
Encore une sortie soignée du fantastique label Debemur Morti (Dirge, Year Of No Light...).
Réchauffe toi par la douce méthode Cannibale !