Après la fin de Diabologum, Arnaud Michniak parti tenter l'expérimentation sous l'avatar Programme. Lorsque sort Mon Cerveau dans la bouche en 2000, rien ne ressemble plus à Diabologum, il ne reste que cette voix hautaine et ce débit entre Spoken Word et flow Hip-hop. L'accompagnement musical n'a plus rien de rock même si des guitares stridentes et répétitives jalonnent la plupart des titres.
Il sont rares les musiciens français à chanter dans la langue d'ici, à s'accompagner d'une musique hybride entre rap, indus et rock ultra bruitiste et à oser aller si loin dans la direction qu'ils s'imposent. Il n'y a en réalité que Programme. Sur chacun des trois albums, tout va plus loin que partout ailleurs mais ce qui perturbe le plus dès les premières écoutes, ce n'est pas tant l'absence quasi totale de mélodie que le cynisme et le nihilisme des textes de Michniak. Ici, il y a de la douleur, du dégout et de la colère mais rarement du renoncement, le but finalement toujours présent étant de pouvoir rester en vie, coute que coute.
Malgré cela et sur chaque album, il est difficile de tenir du début à la fin tant tout ici est noir, perdu d'avance et sans solution. Chaque texte est un constat déclamé haut et fort pour dire qu'il ne sert à rien d'essayer si ce n'est pour l'avoir fait, que l'issu n'est jamais là même quand on a cru l'apercevoir au loin. Sur la totalité des morceaux des trois disques, pas un seul n'apporte de lumière ou de touche d'espoir. La seul porte de sortie parfois évoquée est l'idéalisme, une chose à laquelle on s'accroche malgré tout, mais qui apparait souvent aussi veine que le reste.
L'écoute de n'importe lequel de ces albums dans son intégralité est un parcours du combattant, il n'y a pour ainsi dire jamais aucun relâchement, si ce n'est quand au détours d'un interlude une mélodie lointaine et répétitive tente de se faire une place. Mais très vite la voix revient et recommence sa litanie noire sans que l'on n'ait eu le temps de souffler. Programme nous met vite KO. Et pourtant, dès le disque fini on voudra le mettre encore, en écouter un deuxième, se souvenir d'une phrase obsédante ou d'un passage musical marquant. Et on devra souffrir encore, être face à soi-même et en prendre plein la gueule. Pourquoi ? Parce qu'on aime ça et que Programme sait rendre l'horreur du quotidien et des choses non pas supportable mais indispensable à exprimer. Une preuve définitive d'un grand talent.
Travaille, consomme et meurs mais, entre temps, sois cannibale.
un blog pour partager ma passion pour les musiques actuelles. rock indé, punk, electro, metal, expérimental, hard-core, etc.
27 juillet 2013
26 juillet 2013
Les égarés
Parlons aujourd'hui d'un groupe unique par bien des aspects : Codeine. Dans la première moitié des années 90 et en deux LP, ce groupe transforme la planète rock indé sans que la masse ne s'en émeuve outre mesure. Vous comprendrez aisément que le quidam avait d'autres chats à fouetter, Nirvana en tête.
Jamais auparavant le Rock n'avait été si lent, si triste et si beau. L'épure ici est totale et cette musique est pourtant d'une richesse et d'une profondeur émotionnelle peu commune. Ceux qui perdent leur temps, et aussi le notre, à poser des étiquettes sur le son ont appelé ça du SlowCore. Ben voyons. Le souci avec les étiquettes, c'est que sous la même appellation on trouvait aussi Low, groupe génial également mais n'ayant pas grand-chose à voir avec Codeine.
Car Codeine ne ressemble qu'à lui-même et possède l'art de mettre la détresse affective et la tristesse en sons et en ambiances, cela parfois avec une violence contenue mais que l'on sent prête à tout dévaster. Ce que sa musique n'exprime qu'en filigranes nous apparait alors comme plus vrai, comme si c'était la pudeur qui retenait tout cela. Comme lorsqu'on n'ose dire le mal-être qu'à demi-mots. Là réside toute la force du groupe, dans son honnêteté jamais démonstrative mais simplement nécessaire. On sent qu'il n'y a rien d'autre à faire que de la musique pour pouvoir évacuer ce dont nous parle le groupe.
Il ne nous reste alors qu'à nous laisser porter par cette lenteur tour à tour rassurante ou pesante, qu'à nous plonger dans ces ambiances si sombres et qui nous attirent pourtant par leur beauté presque lumineuse. Car cette musique nous parle à tous, en exprimant des sentiments et des sensations violentes, elle finit par gagner un côté universel. Il ne faut surtout pas avoir peur de ce qu'elle peut nous faire, on en sortira de toute façon grandi, avec la sensation de mieux nous connaitre nous-même. Et quand la musique sait faire cela, on se souvient de pourquoi on en écoute.
"Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse." Françoise Sagan
Sois triste ou sois cannibale.
Jamais auparavant le Rock n'avait été si lent, si triste et si beau. L'épure ici est totale et cette musique est pourtant d'une richesse et d'une profondeur émotionnelle peu commune. Ceux qui perdent leur temps, et aussi le notre, à poser des étiquettes sur le son ont appelé ça du SlowCore. Ben voyons. Le souci avec les étiquettes, c'est que sous la même appellation on trouvait aussi Low, groupe génial également mais n'ayant pas grand-chose à voir avec Codeine.
Car Codeine ne ressemble qu'à lui-même et possède l'art de mettre la détresse affective et la tristesse en sons et en ambiances, cela parfois avec une violence contenue mais que l'on sent prête à tout dévaster. Ce que sa musique n'exprime qu'en filigranes nous apparait alors comme plus vrai, comme si c'était la pudeur qui retenait tout cela. Comme lorsqu'on n'ose dire le mal-être qu'à demi-mots. Là réside toute la force du groupe, dans son honnêteté jamais démonstrative mais simplement nécessaire. On sent qu'il n'y a rien d'autre à faire que de la musique pour pouvoir évacuer ce dont nous parle le groupe.
Il ne nous reste alors qu'à nous laisser porter par cette lenteur tour à tour rassurante ou pesante, qu'à nous plonger dans ces ambiances si sombres et qui nous attirent pourtant par leur beauté presque lumineuse. Car cette musique nous parle à tous, en exprimant des sentiments et des sensations violentes, elle finit par gagner un côté universel. Il ne faut surtout pas avoir peur de ce qu'elle peut nous faire, on en sortira de toute façon grandi, avec la sensation de mieux nous connaitre nous-même. Et quand la musique sait faire cela, on se souvient de pourquoi on en écoute.
"Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse." Françoise Sagan
Sois triste ou sois cannibale.
25 juillet 2013
Le Crime était presque parfait
Ma trop longue absence appelle des explications... Si je vous disais que j'étais occupé à écouter du Black Metal, ça irait ? Franchement, quelle meilleure excuse pourrais-je donner à ce manque de post ? La découverte forte et profonde d'un genre, que je n'avais jusque-là fait qu'effleurer, m'a demandé une sorte de petite prise de recul. Il fallait simplement que j'appréhende la nouveauté de cet univers si étrange et complexe pour pouvoir en parler et réussir à dire le retentissement, l'impact et, osons le dire (ici on ose toujours tout), le bouleversement que cette musique représente pour moi au moment où j'écris.
La psychothérapie est finie, parlons de ce qui a du sens, parlons de Blut Aus Nord. Le BM de ce groupe si particulier est un hommage aux maitres nordiques du genre autant qu'une fuite en avant vers une expérimentation de tous les instants, il est nihiliste et glacial mais sait aussi se faire rassurant et mélodique. Il est en définitive cynique et érudit à l'extrême mais cette érudition n'est qu'une preuve supplémentaire de sa malveillance. Quand il ne reste plus rien à faire que produire une musique violente et habitée, quand le reste n'est qu'un mensonge ou bien que c'est ce qu'on cherche à faire croire, il n'y a plus de limite à s'imposer.
Des boites à rythmes, des guitares stridentes et des vocaux décharnés sont les principaux outils de son langage. Avec eux, il construit un miroir dans lequel le monde peut se regarder mourir, en étant tel qu'il a toujours été : narcissique et vain. Que l'habillage graphique de chacun des albums du groupe soit minimaliste ou fourmillant de détails et de symboles, au fond peu importe. Le message ne sera pas entendu, il n'existe certainement même pas pour cela, il est auto-suffisant.
Blut Aus Nord est certainement plus qu'un simple groupe de Black Metal, il est un projet musical sans frontière stylistique, il est une théorisation d'un état d'esprit intransigeant et grandiloquent. Il est le Black Metal car il sait ne pas se contenter de n'être que cela. Il brouille les pistes, se cache, expose pour mieux déconstruire par la suite, lui seul sachant où il va. Quelque-soit la direction qu'il choisira de prendre, elle sera toujours passionnante car elle ne sera le reflet que de son seul souhait.
"L'enfer a été fait pour les curieux." Saint Augustin.
Brûle au soleil ou sois cannibale.
La psychothérapie est finie, parlons de ce qui a du sens, parlons de Blut Aus Nord. Le BM de ce groupe si particulier est un hommage aux maitres nordiques du genre autant qu'une fuite en avant vers une expérimentation de tous les instants, il est nihiliste et glacial mais sait aussi se faire rassurant et mélodique. Il est en définitive cynique et érudit à l'extrême mais cette érudition n'est qu'une preuve supplémentaire de sa malveillance. Quand il ne reste plus rien à faire que produire une musique violente et habitée, quand le reste n'est qu'un mensonge ou bien que c'est ce qu'on cherche à faire croire, il n'y a plus de limite à s'imposer.
Des boites à rythmes, des guitares stridentes et des vocaux décharnés sont les principaux outils de son langage. Avec eux, il construit un miroir dans lequel le monde peut se regarder mourir, en étant tel qu'il a toujours été : narcissique et vain. Que l'habillage graphique de chacun des albums du groupe soit minimaliste ou fourmillant de détails et de symboles, au fond peu importe. Le message ne sera pas entendu, il n'existe certainement même pas pour cela, il est auto-suffisant.
Blut Aus Nord est certainement plus qu'un simple groupe de Black Metal, il est un projet musical sans frontière stylistique, il est une théorisation d'un état d'esprit intransigeant et grandiloquent. Il est le Black Metal car il sait ne pas se contenter de n'être que cela. Il brouille les pistes, se cache, expose pour mieux déconstruire par la suite, lui seul sachant où il va. Quelque-soit la direction qu'il choisira de prendre, elle sera toujours passionnante car elle ne sera le reflet que de son seul souhait.
"L'enfer a été fait pour les curieux." Saint Augustin.
Brûle au soleil ou sois cannibale.
19 juin 2013
L'Odyssée de la poisse
Nous sommes en 1996, ta sœur est fan de Big'n, un groupe du fond de l'Illinois. Elle sort avec un gros barbu, il boit beaucoup mais il est gentil quand-même. Leur romance est belle comme une telecaster dont les cordes sont bouffées par la rouille, ensemble ils écoutent en boucle Discipline Through Sound.
Il gagne sa vie en vendant des T-shirts qu'il sérigraphie lui-même, elle bosse avec les enfants. Le Weekend, ils montent à la ville la plus proche pour voir jouer Jesus Lizard, Portobello Bones ou Ulan Bator dans des lieux autogérés. Ils n'ont pas forcément de grandes aspirations ou de magnifiques rêves utopiques qu'ils souhaiteraient voir se réaliser. La vie n'a pas besoin qu'on la rêve, elle est là, partout autour d'eux.
Fin du rêve. Nous sommes en 1996, ta sœur est fan de The Offspring. Son mec est un gros beauf avec les cheveux décolorés, ils mangent au mcdo chaque samedi soir puis regardent la télé. Ou peut-être est-ce la télé qui les regarde ? Quelle différence ? Ils n'ont pas d'autres rêves que de devenir différents de leurs parents, ils seront pires. Ils sont la première génération à avoir accès à tout, à pouvoir se réaliser comme jamais auparavant. Ils ne feront rien à part ce que fait tout le monde. Ils écouteront la même musique, verront les mêmes films, auront les mêmes idées sur les mêmes sujets.
C'est cela Big'n. Cela n'a pas de sens, n'est pas carré, ne tourne pas rond. Beaucoup pensent que c'est du bruit, c'est en fait un miroir qui, en transformant la réalité en musique, la rend excitante. Pas plus vivable mais tellement outrageante, violente et chaotique qu'elle est comme ces films où tout peut arriver car rien n'est vrai. Big'n est comme les autres : du chant, des guitares et une batterie mais passé cela, il ne ressemble qu'à lui-même. Il n'est pas là pour l'argent, il est là pour cogner dur.
Big'n s'écoute fort pour mieux pouvoir avaler les cerveaux des inconscients qui croisent son chemin. Il n'a rien à t'apprendre, il n'expose pas de moral à la fin de son histoire ou alors simplement t'inculque qu'il n'y en a jamais eu. Qu'il n'y en aura jamais. Il ose même reprendre ACDC, c'est dire.
"La réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes." Emile Ajar.
Reprends une dose, sois cannibale !
Il gagne sa vie en vendant des T-shirts qu'il sérigraphie lui-même, elle bosse avec les enfants. Le Weekend, ils montent à la ville la plus proche pour voir jouer Jesus Lizard, Portobello Bones ou Ulan Bator dans des lieux autogérés. Ils n'ont pas forcément de grandes aspirations ou de magnifiques rêves utopiques qu'ils souhaiteraient voir se réaliser. La vie n'a pas besoin qu'on la rêve, elle est là, partout autour d'eux.
Fin du rêve. Nous sommes en 1996, ta sœur est fan de The Offspring. Son mec est un gros beauf avec les cheveux décolorés, ils mangent au mcdo chaque samedi soir puis regardent la télé. Ou peut-être est-ce la télé qui les regarde ? Quelle différence ? Ils n'ont pas d'autres rêves que de devenir différents de leurs parents, ils seront pires. Ils sont la première génération à avoir accès à tout, à pouvoir se réaliser comme jamais auparavant. Ils ne feront rien à part ce que fait tout le monde. Ils écouteront la même musique, verront les mêmes films, auront les mêmes idées sur les mêmes sujets.
C'est cela Big'n. Cela n'a pas de sens, n'est pas carré, ne tourne pas rond. Beaucoup pensent que c'est du bruit, c'est en fait un miroir qui, en transformant la réalité en musique, la rend excitante. Pas plus vivable mais tellement outrageante, violente et chaotique qu'elle est comme ces films où tout peut arriver car rien n'est vrai. Big'n est comme les autres : du chant, des guitares et une batterie mais passé cela, il ne ressemble qu'à lui-même. Il n'est pas là pour l'argent, il est là pour cogner dur.
Big'n s'écoute fort pour mieux pouvoir avaler les cerveaux des inconscients qui croisent son chemin. Il n'a rien à t'apprendre, il n'expose pas de moral à la fin de son histoire ou alors simplement t'inculque qu'il n'y en a jamais eu. Qu'il n'y en aura jamais. Il ose même reprendre ACDC, c'est dire.
"La réalité, qui est le plus puissant des hallucinogènes." Emile Ajar.
Reprends une dose, sois cannibale !
17 juin 2013
Un Héros très discret
Il y a quelques années, la rumeur courue sur internet que Ian McKaye était décédé. Fort heureusement, il n'en était rien. En 2013, ait sorti le premier album sur lequel il apparait depuis des années et dont nous vous avons déjà parlé ici. L'homme est également à l'origine d'une petite dizaine de groupes, d'un label, d'un studio d'enregistrement et de l'éthique de vie straight edge, rien que ça. Après plus de trente ans de passion(s) au service de la musique, il est un des derniers garants de l'humilité et du message porté par le HXC des origines. Morceaux choisis.
En 1980, McKaye et une bande de potes de Washington forment l'éphémère Teen Idles. En un EP, ils participent à la création d'un genre, le Hard Core. Le groupe se sépare rapidement et Ian et le batteur partent former Minor Threat. Ce dernier est actif jusqu'en 85 et enregistre quatre EP, aujourd'hui considérés comme les fondamentaux d'un style de HXC rapide et sans concession. Les textes parlent du quotidien dans les banlieues : les rixes avec la police, la violence et la frustration. Dans le morceau "Straight Edge", McKaye expose son point de vue face aux drogues et à l'alcool. Il sera à l'origine d'un mouvement aujourd'hui répandu dans le monde entier. La totalité des enregistrements du groupe est sorti sur une intégrale en 1989.
En 1985, beaucoup d'acteurs de la scène HXC de Washington ne se reconnaissent plus dans la violence qui règne lors des concerts. Ils décident de mettre fin à leurs groupes respectifs et se mélangent pour en former de nouveaux. McKaye et trois anciens membres de Faith créent alors Embrace. Le tempo ralentit, la musique se fait plus construite et mélodique mais la dureté et le refus de toutes concessions sont toujours là. Embrace enregistre un unique LP, considéré aujourd'hui comme un des albums à la base de l'Emo et se sépare à son tour.
Deux ans plus tard, le chanteur est rejoint par Al Jourgensen et plusieurs membres de Ministry avec lesquels il crée Pailhead. Le groupe enregistre quatre EP et se sépare l'année suivante. Musicalement, il demeure le crossover parfait entre l'Indus et le HXC. Il est assez surprenant de penser que McKaye, farouchement anti drogues, se soit joint à Jourgensen, encore connu aujourd'hui pour ses excès divers.
Après Pailhead, il s'associe à plusieurs figures de la scène de DC, dont deux anciens membres de Rites of Spring, pour former Fugazi, qui allait devenir son groupe le plus important, tant par sa durée de vie et la richesse de sa discographie que pour l'impact énorme qu'il allait avoir sur la scène internationale. Celui-ci sort 6 albums et une poignée de EP qui sont, aujourd'hui, tous considérés comme des incontournables des musiques indés américaines. De l'approche mélodique hors du commun à la force des textes et du refus du statue de rock-star à l'intégrité tant musicale que contextuelle, Fugazi reste un groupe à part, un exemple de refus des compromis. La preuve qu'un groupe peut durer sans céder aux sirènes du succès ou arrondir les angles. Le groupe n'a rien sorti depuis 2001 mais le label Dischord ( crée par McKaye) a crée un site sur lequel on trouvera, à terme, les enregistrements de la totalités de ses concerts.
Depuis la fin (provisoire ?) de Fugazi, McKaye s'occupe principalement de la gestion de Dischord et n'a sorti que trois albums avec The Evens, duo crée avec sa femme Amy Farina. L'aspect familial et sans prétention du projet n'enlève rien à la grâce qui se dégage des morceaux du groupe, preuve supplémentaire de l'incroyable talent du monsieur.
"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Mark Twain.
Si le silence t'ennuie, sois cannibale !
En 1980, McKaye et une bande de potes de Washington forment l'éphémère Teen Idles. En un EP, ils participent à la création d'un genre, le Hard Core. Le groupe se sépare rapidement et Ian et le batteur partent former Minor Threat. Ce dernier est actif jusqu'en 85 et enregistre quatre EP, aujourd'hui considérés comme les fondamentaux d'un style de HXC rapide et sans concession. Les textes parlent du quotidien dans les banlieues : les rixes avec la police, la violence et la frustration. Dans le morceau "Straight Edge", McKaye expose son point de vue face aux drogues et à l'alcool. Il sera à l'origine d'un mouvement aujourd'hui répandu dans le monde entier. La totalité des enregistrements du groupe est sorti sur une intégrale en 1989.
En 1985, beaucoup d'acteurs de la scène HXC de Washington ne se reconnaissent plus dans la violence qui règne lors des concerts. Ils décident de mettre fin à leurs groupes respectifs et se mélangent pour en former de nouveaux. McKaye et trois anciens membres de Faith créent alors Embrace. Le tempo ralentit, la musique se fait plus construite et mélodique mais la dureté et le refus de toutes concessions sont toujours là. Embrace enregistre un unique LP, considéré aujourd'hui comme un des albums à la base de l'Emo et se sépare à son tour.
Deux ans plus tard, le chanteur est rejoint par Al Jourgensen et plusieurs membres de Ministry avec lesquels il crée Pailhead. Le groupe enregistre quatre EP et se sépare l'année suivante. Musicalement, il demeure le crossover parfait entre l'Indus et le HXC. Il est assez surprenant de penser que McKaye, farouchement anti drogues, se soit joint à Jourgensen, encore connu aujourd'hui pour ses excès divers.
Après Pailhead, il s'associe à plusieurs figures de la scène de DC, dont deux anciens membres de Rites of Spring, pour former Fugazi, qui allait devenir son groupe le plus important, tant par sa durée de vie et la richesse de sa discographie que pour l'impact énorme qu'il allait avoir sur la scène internationale. Celui-ci sort 6 albums et une poignée de EP qui sont, aujourd'hui, tous considérés comme des incontournables des musiques indés américaines. De l'approche mélodique hors du commun à la force des textes et du refus du statue de rock-star à l'intégrité tant musicale que contextuelle, Fugazi reste un groupe à part, un exemple de refus des compromis. La preuve qu'un groupe peut durer sans céder aux sirènes du succès ou arrondir les angles. Le groupe n'a rien sorti depuis 2001 mais le label Dischord ( crée par McKaye) a crée un site sur lequel on trouvera, à terme, les enregistrements de la totalités de ses concerts.
Depuis la fin (provisoire ?) de Fugazi, McKaye s'occupe principalement de la gestion de Dischord et n'a sorti que trois albums avec The Evens, duo crée avec sa femme Amy Farina. L'aspect familial et sans prétention du projet n'enlève rien à la grâce qui se dégage des morceaux du groupe, preuve supplémentaire de l'incroyable talent du monsieur.
"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Mark Twain.
Si le silence t'ennuie, sois cannibale !
14 juin 2013
Baise-moi
Si tu crois que le bon Rock chanté en français se limite à Noir Désir, cet article est là pour corriger cette erreur en faisant l'éloge -totalement subjectif, malhonnête et exagéré (tu sais où tu es)- d'un trio qui cassait trois pattes à un canard et qui avait un nom à la féminité sulfureuse : Virago.
Nous sommes en 1997 quand sort le premier EP des trois de Grenoble, suivront deux longs formats : Introvertu en 98 et Premier jour, deux ans plus tard. La droite règne, le chômage nargue et leur musique n'est pas une déclaration d'amour à l'humanité, au consensus et à la rime riche. Ici, la guitare est répétitive et sale, la section rythmique fracturée et la voix monocorde et blasée vous déclame de sales histoires d'amours avortés et emplies de cynisme.
"Elle me dit que tout va mal. C'est la vie, c'est pas tous les jours rose. Elle me dit "c'est viscérale, je n'arrive plus à croire, avaler quelque-chose"." Tout va pour le mieux, 97.
Ici, les textes ne sont jamais engagés ou moralisateurs, ils ne sont qu'un constat de ce qu'il reste après, quand tout est déjà perdu. Quand il faut essayer de continuer lorsque plus rien n'a de sens. Le cynisme règne alors, puisqu'il faut aller de l'avant en faisant abstraction de tout ce qui est négatif. Virago savait mettre cet état de fait en mots et en musiques comme personne, et le faisait avec rage et quelque-chose qui ressemble à l’énergie du désespoir. Une énergie finalement positive. Saine.
Après la disparition du groupe en 2000, la place qu'il laissa dans le paysage rock français allait rester désespérément vide jusqu'à aujourd'hui. La force de chansons comme "Ouvre-moi" symbolise bien l'aspect crû d'un groupe dont la musique garde une place à part dans la petite histoire des sons indés de chez nous.
"Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix." Baise-moi. Virginie Despentes.
"En pays cannibale, le cannibalisme est moral." Samuel Butler.
Nous sommes en 1997 quand sort le premier EP des trois de Grenoble, suivront deux longs formats : Introvertu en 98 et Premier jour, deux ans plus tard. La droite règne, le chômage nargue et leur musique n'est pas une déclaration d'amour à l'humanité, au consensus et à la rime riche. Ici, la guitare est répétitive et sale, la section rythmique fracturée et la voix monocorde et blasée vous déclame de sales histoires d'amours avortés et emplies de cynisme.
"Elle me dit que tout va mal. C'est la vie, c'est pas tous les jours rose. Elle me dit "c'est viscérale, je n'arrive plus à croire, avaler quelque-chose"." Tout va pour le mieux, 97.
Ici, les textes ne sont jamais engagés ou moralisateurs, ils ne sont qu'un constat de ce qu'il reste après, quand tout est déjà perdu. Quand il faut essayer de continuer lorsque plus rien n'a de sens. Le cynisme règne alors, puisqu'il faut aller de l'avant en faisant abstraction de tout ce qui est négatif. Virago savait mettre cet état de fait en mots et en musiques comme personne, et le faisait avec rage et quelque-chose qui ressemble à l’énergie du désespoir. Une énergie finalement positive. Saine.
Après la disparition du groupe en 2000, la place qu'il laissa dans le paysage rock français allait rester désespérément vide jusqu'à aujourd'hui. La force de chansons comme "Ouvre-moi" symbolise bien l'aspect crû d'un groupe dont la musique garde une place à part dans la petite histoire des sons indés de chez nous.
"Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix." Baise-moi. Virginie Despentes.
"En pays cannibale, le cannibalisme est moral." Samuel Butler.
13 juin 2013
La Joie de vivre
Nous sommes en 1994 dans cette bonne vieille Amérique du nord, quatre garçons vont former un groupe qui allait devenir un des maitres étalons de l'Emo moderne. Ce groupe s'appelle Texas Is The Reason et véhicule une aura jamais discutée parmi les coreux.
En seulement un LP et une poignée de EP, ce groupe a posé les jalons d'un style alors florissant qu'on appellerait par la suite Post-Hardcore. Transfuges de formations Hardcore telles que Shelter ou 108 (ah le Krishna-Core), ils n'étaient, bien sûr, pas nés de la dernière pluie acide. Mais l'incroyable cohésion et la justesse musicale que dégage le groupe dès son premier album sont soit de l'ordre du miracle (ahem,) soit découlent de deux petites choses chères au Hardcore : L'humilité et l'intégrité.
L'air de rien et avec une décontraction folle, ces quatre types ont marqué l'histoire de la musique indé d'une manière aussi forte et durable que leur groupe fût de courte durée, pour ne pas dire éphémère. Il suffit d'écouter un seul titre de leur répertoire (récemment réédité en intégrale sur un seul CD), pour rapidement se rendre compte qu'il se passe ici une chose unique et rare, qui tient autant de la musicalité que de l'émotion intense. Dans chaque note, on sent les sentiments qui en sont à l'origine, la force d'un message parfois engagé ou introspectif, l'honnêteté d'une bande de mecs qui parlent simplement de ce qui les touchent et qui ont la chance de faire partager la musique qui leur plait.
Le groupe se sépare en 1997. C'était il y a un moment et pourtant, cette musique n'a, non seulement pas pris une ride, mais garde une fraîcheur incroyable, elle est ironiquement bien plus actuelle que la bouillie servie par beaucoup de ceux qui, par la suite, se sont réclamés de l'Emo. Pas la peine de citer des noms, chacun les connait forcément, cet endroit n'est pas de ceux où l'on critique par paresse.
Si pour vous, l'Emo n'est qu'un festival de larmes grasses, servit par des mécheux maquillés de noir et fins businessmen, une musique calibrée pour les ados, facile et sans saveur, alors écoutez Texas Is The Reason très fort en regardant le soleil briller (essayez au moins d'y croire).
Cela faisait un moment que je n'avais pas posté, ta vie perdait tout son sens et tu t'habillais en épouvantail, passant ta journée devant MTV ou à lire Rock n'Folk (oui, à ce point-là)... Reprends espoir, la période creuse est finie ! Sois Cannibale !
En seulement un LP et une poignée de EP, ce groupe a posé les jalons d'un style alors florissant qu'on appellerait par la suite Post-Hardcore. Transfuges de formations Hardcore telles que Shelter ou 108 (ah le Krishna-Core), ils n'étaient, bien sûr, pas nés de la dernière pluie acide. Mais l'incroyable cohésion et la justesse musicale que dégage le groupe dès son premier album sont soit de l'ordre du miracle (ahem,) soit découlent de deux petites choses chères au Hardcore : L'humilité et l'intégrité.
L'air de rien et avec une décontraction folle, ces quatre types ont marqué l'histoire de la musique indé d'une manière aussi forte et durable que leur groupe fût de courte durée, pour ne pas dire éphémère. Il suffit d'écouter un seul titre de leur répertoire (récemment réédité en intégrale sur un seul CD), pour rapidement se rendre compte qu'il se passe ici une chose unique et rare, qui tient autant de la musicalité que de l'émotion intense. Dans chaque note, on sent les sentiments qui en sont à l'origine, la force d'un message parfois engagé ou introspectif, l'honnêteté d'une bande de mecs qui parlent simplement de ce qui les touchent et qui ont la chance de faire partager la musique qui leur plait.
Le groupe se sépare en 1997. C'était il y a un moment et pourtant, cette musique n'a, non seulement pas pris une ride, mais garde une fraîcheur incroyable, elle est ironiquement bien plus actuelle que la bouillie servie par beaucoup de ceux qui, par la suite, se sont réclamés de l'Emo. Pas la peine de citer des noms, chacun les connait forcément, cet endroit n'est pas de ceux où l'on critique par paresse.
Si pour vous, l'Emo n'est qu'un festival de larmes grasses, servit par des mécheux maquillés de noir et fins businessmen, une musique calibrée pour les ados, facile et sans saveur, alors écoutez Texas Is The Reason très fort en regardant le soleil briller (essayez au moins d'y croire).
Cela faisait un moment que je n'avais pas posté, ta vie perdait tout son sens et tu t'habillais en épouvantail, passant ta journée devant MTV ou à lire Rock n'Folk (oui, à ce point-là)... Reprends espoir, la période creuse est finie ! Sois Cannibale !
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